Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · 6 janvier

In Epiphania Domini

Duplex I classis

Sermon de saint Léon PapeLeçons 4 à 6 des Matines

(Sermon 2. de l'Epiphanie)

Réjouissez-vous dans le Seigneur, mes bien aimés, je le dis encore, réjouissez-vous : puisque, peu de temps après la solennité de la Nativité du Christ, voici que resplendit la fête de sa manifestation ; et Celui qu’en ce jour-là, la Vierge enfanta, est aujourd’hui reconnu par le monde. Car le Verbe fait chair a disposé les débuts de l’œuvre de notre relèvement de façon que la naissance de Jésus fût manifestée aux croyants et cachée aux persécuteurs. Alors déjà les deux racontèrent la gloire de Dieu et la résonance de la vérité se répandit dans toute la terre, quand l’armée des Anges apparut aux pasteurs pour leur annoncer la naissance du Sauveur, et qu’une étoile conduisit les Mages vénus l’adorer. C’est ainsi que, du levant au couchant, l’enfantement du vrai Roi fut manifesté avec éclat, puisque les Royaumes d’Orient apprirent à y croire par les Mages, et que l’Empire romain ne l’ignora pas.

Car la cruauté d’Hérode voulant étouffer dès le berceau le Roi qui lui était suspect servait, à son insu, à cette économie du salut. En effet, tandis qu’il décidait son crime affreux et qu’il cherchait à atteindre cet enfant inconnu dans un massacre général, la renommée répandait partout, d’une façon plus happante, la naissance du souverain que le ciel avait annoncée, et cela, d’autant plus vite et d’autant mieux que le signe céleste était plus inouï et la cruauté du persécuteur plus impie. Alors aussi le Sauveur fut porté en Égypte, pour que cette nation attachée à d’anciennes erreurs fût marquée par une grâce secrète, pour le salut tout proche ; et qu’avant d’avoir rejeté de son âme la superstition, elle offrît déjà un asile à la vérité.

Reconnaissons donc, mes bien-aimés, dans les Mages adorateurs du Christ, les prémices de notre vocation et de notre foi ; et la joie au cœur, célébrons les débuts d’une espérance bienheureuse. Car, dès ce jour, nous avons commencé à entrer dans l’héritage éternel ; dès ce jour, les arcanes des Écritures qui annonçaient le Christ s’ouvrirent pour nous ; et la vérité, que l’aveuglement des Juifs n’a pas acceptée* a répandu sa lumière dans toutes les nations. Honorons donc ce jour très saint en lequel apparut l’Auteur de notre salut ; et Celui que les Mages ont adoré petit enfant dans une crèche, adorons-le tout-puissant dans les deux. Et comme les Rois firent de leurs trésors des offrandes mystiques au Seigneur, nous, tirons de nos cœurs des hommages dignes de Dieu.

Homélie de saint Grégoire PapeLeçons 7 à 9 des Matines

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu

(Matt 2:1-12)

Jésus étant né à Bethléem de Juda, aux jours du roi Hérode, voilà que des Mages vinrent d’Orient à Jérusalem, disant : « Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? » Et le reste.

Homélie de saint Grégoire Pape

(Homilia 10 in Evang.)

Frères très chers, comme vous Pavez entendu dans la lecture de l’Évangile, à la naissance du Roi des deux, un roi de la terre se troubla : c’est que la hauteur terrestre est confondue quand la sublimité céleste se découvre. Mais il nous faut chercher pour quel motif, à la naissance du Rédempteur, un Ange apparut aux pasteurs en Judée, tandis que ce ne fut pas un Ange, mais une étoile qui servit de guide aux Mages de l’Orient venus adorer ce Roi. Sans doute parce que les Juifs se servaient de leur raison pour connaître le vrai Dieu, il était juste qu’une créature intelligente, c’est-à-dire un Ange, leur annonçât la naissance du Sauveur ; quant aux Gentils, qui ne savaient pas se servir de leur raison, ils sont amenés à connaître le Seigneur, non par une voix, mais par des signes. C’est pourquoi saint Paul a dit : Les prophéties sont données aux fidèles, non aux infideles ; mais les signes, aux infidèles et non aux fidèles. Aussi les prophéties ont-elles été données aux bergers en tant que fidèles, et non aux infidèles ; et les signes aux Mages, en tant qu’infidèles et non aux fidèles.

Il faut remarquer que, lorsque notre Rédempteur aura atteint la plénitude de l’âge, les Apôtres le prêcheront à ces mêmes Gentils ; mais tant qu’il est enfant et ne recourt pas, pour parler, aux services de son corps, c’est une étoile qui l’annonce aux Nations : car l’ordre rationnel exigeait sans doute la parole des prédicateurs pour nous annoncer le Seigneur ayant l’usage de la parole, et des éléments muets pour le prêcher lorsqu’il ne parlait pas encore. Mais, en tous ces signes qui parurent, soit à la naissance, soit à la mort du Seigneur, considérons quelle fut la dureté de cœur de ceux des Juifs qui ne le reconnurent ni au don de prophétie, ni aux miracles.

Tous les éléments, vraiment, ont rendu témoignage à la venue de leur Auteur. Car voici ce que nous pouvons en dire en langage anthropomorphique. Les cieux ont reconnu que Jésus était Dieu, puisqu’aussitôt ils ont envoyé l’étoile. La mer l’a reconnu, puisqu’elle s’est offerte à ses pieds comme un chemin solide. La terre l’a reconnu, puisqu’elle a tremblé lorsqu’il expirait. Le soleil l’a reconnu, puis- qu’alors il a caché les rayons de sa lumière. Les rochers et les murailles l’ont reconnu, puisqu’au moment de sa mort ils se sont fendus. L’enfer (des Limbes) l’a reconnu, puisqu’il a cédé les morts qu’il détenait. Et cependant, celui que tous les éléments insensibles ont reconnu pour leur Seigneur, les cœurs des Juifs infidèles ne l’ont pas reconnu comme Dieu, et, plus durs que les rochers, ils n’ont pas voulu s’ouvrir à la pénitence.

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