Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · 1er juin

S. Angèle Mérici, Vierge

Bréviaire romain, MatinesLeçons 4 à 6 des Matines

Angèle Mérici naquit à Desenzano, petite ville des états de Venise, dans le diocèse de Vérone, sur les bords du lac de Garde. Issue de parents pieux, Angèle prit, dès son jeune âge, le plus grand soin du lis de sa virginité, qu’elle avait résolu de conserver toujours intact. Ayant en horreur toutes les parures féminines, elle ne négligea rien pour faire disparaître les charmes de son visage et la beauté de sa chevelure, afin de ne plaire qu’au céleste Époux des âmes. Devenue orpheline étant encore dans la fleur de l’adolescence, elle tenta de s’enfuir dans un désert pour y mener une vie plus austère, mais un de ses oncles l’empêcha de mettre ce dessein à exécution. Toutefois elle sut observer à la maison ce qu’il ne lui était pas permis de pratiquer dans la solitude. Outre un fréquent usage du cilice et de la discipline, elle ne mangeait un peu de viande que dans la maladie, ne prenait de vin qu’aux fêtes de la Nativité et de la Résurrection du Seigneur, et passait même plusieurs jours sans prendre aucune nourriture. Appliquée à la prière, elle prenait sur la terre nue un court et léger sommeil. Le démon, sous la forme d’un ange de lumière, ayant cherché à lui faire illusion, elle le reconnut aussitôt et le mit en fuite. Enfin, après avoir renoncé à son patrimoine, et adopté l’habit et la règle du tiers ordre de saint François, elle joignit la pauvreté évangélique au mérite de la virginité.

Elle ne négligea aucun devoir de charité envers le prochain ; elle donnait aux pauvres, tout ce qui lui restait de la nourriture qu’elle avait mendiée ; on la voyait empressée à soigner les malades. Angèle parcourut, non sans réputation de sainteté, un grand nombre de localités, consolant les affligés, réconciliant les ennemis, retirant de grands pécheurs de la fange du vice. Très fréquemment réconfortée par le pain des Anges, unique objet de son avidité, elle était transportée en Dieu par un si grand amour, que bien souvent on l’a trouvée ravie hors de ses sens. Elle visita avec une piété profonde les lieux saints de Palestine. Pendant ce voyage, ayant perdu la vue en touchant aux rivages de l’île de Candie, elle l’y recouvra au retour et échappa, miraculeusement aussi, aux mains des barbares et à l’imminence d’un naufrage. Elle se rendit enfin à Rome, sous le pontificat de Clément VII, dans le but de vénérer la pierre ferme de l’Église, et avec le vif désir de gagner les abondantes indulgences du jubilé. Le souverain Pontife, dans un entretien avec Angèle, remarqua sa sainteté, et il en parla avec de très grands éloges. Ce fut seulement après avoir reconnu que le Ciel l’appelait ailleurs, qu’il lui permit de quitter Rome.

Étant revenue à Brescia, où elle se logea près l’église de Sainte-Afre, Angèle institua dans cette ville, sur l’ordre d’une voix céleste qui s’était faite entendre dans une vision, une nouvelle société de vierges, avec une discipline particulière et des règles empreintes de sainteté, mettant cet institut sous le patronage de sainte Ursule, chef invincible d’une armée de vierges. Peu avant de mourir, elle prédit que cet institut se perpétuerait. Enfin, presque septuagénaire, comblée de mérites, elle s’envola au ciel, le six des calendes de février (27 janvier) de l’an mille cinq cent quarante. Son corps, que l’on garda trente jours avant de l’inhumer, demeura flexible et conserva les apparences de la vie. Il fut déposé dans l’église de Sainte-Afre, parmi les autres reliques des Saints qui s’y trouvent en grand nombre. Plusieurs miracles se produisirent aussitôt sur son tombeau. Le bruit s’en étant répandu, non seulement à Brescia et à Desenzano, mais ailleurs encore, on commença à donner à Angèle le nom de Bienheureuse et à placer son image sur les autels. Saint Charles Borromée lui-même, peu d’années après la mort de la servante de Dieu, affirma publiquement à Brescia qu’elle méritait d’être mise par le Saint-Siège au nombre des saintes Vierges. Clément XIII ratifia et confirma par un décret ce culte populaire, approuvé déjà par plusieurs Évêques, et encouragé par de nombreux indults des souverains Pontifes. Enfin, après de nouveaux miracles régulièrement constatés, Pie VII, dans la solennelle canonisation qu’il fit en la basilique Vaticane, le vingt-quatre mai mille huit cent sept, inscrivit Angèle sur la liste des saintes Vierges.

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