Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · 1er août

S. Pierre aux Liens

Bréviaire romain, MatinesLeçons 4 à 6 des Matines

Sous l’empire de Théodose le Jeune, son épouse Eudoxie étant allée à Jérusalem pour accomplir un vœu, on lui fit beaucoup de présents, dont le plus précieux était une chaîne de fer, ornée d’or et de pierres précieuses. On affirmait que l’Apôtre saint Pierre l’avait portée quand il fut enchaîné par Hérode. Eudoxie vénéra pieusement cette chaîne et l’envoya ensuite à Rome pour sa fille Eudoxie, qui la remit au souverain Pontife. Celui-ci de son côté lui montra une autre chaîne, avec laquelle le même Apôtre avait été attaché, sous l’empire de Néron.

Lorsque le Pontife confronta la chaîne gardée à Rome avec celle qui avait été apportée de Jérusalem, elles se rejoignirent tellement qu’elles parurent ne former qu’une seule chaîne, fabriquée par le même ouvrier. Ce miracle fut le point de départ des grands honneurs rendus à ces liens sacrés, et le motif pour lequel l’église du titre d’Eudoxie, dans le quartier de l’Esquilin, fut dédiée sous le vocable de Saint-Pierre-aux-Liens. C’est aussi pour en perpétuer la mémoire, qu’on institua une fête aux calendes d’août.

Dès lors, on décerna aux liens de saint Pierre les honneurs qu’on accordait en ce jour aux célébrités profanes des Gentils. L’attouchement de ces liens guérissait les malades et chassait les démons. C’est ce qui arriva en l’année du salut neuf cent soixante-neuf : un comte, familier de l’empereur Othon, était possédé par un esprit immonde et se déchirait lui-même avec les dents. Sur l’ordre de l’empereur, on le conduisit au Pontife Jean : la chaîne sacrée eut à peine touché le cou du comte, que l’esprit mauvais, sortant tout à coup, le laissa libre. Ce Pontife propagea de plus en plus dans la Ville la dévotion aux saintes chaînes.

Homélie de saint Augustin, ÉvêqueLeçons 7 à 9 des Matines

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu

(Mt 16:13-19)

En ce temps-là : Jésus vint aux environs de Césarée de Philippe, et il interrogeait ses disciples, en disant : Que disent les hommes touchant le Fils de l’homme ? Et le reste.

Homélie de saint Augustin, Évêque

(Sermon 29 sur les Saints, au milieu)

Pierre est le seul des Apôtres qui mérita d’entendre ces paroles : « En vérité : Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » C’est lui qui fut jugé digne d’être, pour les peuples dont se formerait la maison de Dieu, la pierre fondamentale de l’édifice, la colonne destinée à le soutenir, la clef qui ouvrait le royaume des cieux. Aussi lisons-nous dans le texte sacré : « Et ils apportaient leurs malades, pour que, du moins en passant, l’ombre de Pierre les couvrît ». Si l’ombre de son corps pouvait alors porter secours, combien plus secourable est à présent la plénitude de sa puissance ? S’il se dégageait de lui un fluide salutaire aux suppliants quand il passait sur la terre, quel surcroît d’influence il a maintenant au ciel où il demeure ! Ne soyons pas étonnés que toutes les Églises chrétiennes regardent comme étant plus précieux que l’or, le fer des chaînes dont il a été chargé.

Si l’ombre de Pierre a fait autant de bien aux malades, en passant auprès d’eux, combien plus efficace est sa chaîne à ceux qui se l’appliquent ? La fugitive apparence d’une vaine image put avoir en elle la propriété de guérir : combien plus de vertu les chaînes dont il a souffert n’ont-elles pas emprunté à ses membres, où le poids du fer les a imprimées ? Pierre avant son martyre eut tant de pouvoir pour soulager ceux qui le suppliaient : combien plus de puissance a-t-il après son triomphe ?

Heureux liens qui, de menottes et d’entraves, devaient se changer en couronne, et qui ont fait de l’Apôtre un Martyr ! Heureuses chaînes qui ont mené leur captif jusqu’à la croix du Christ, moins pour lui faire subir la mort, que pour l’immortaliser.

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