Bréviaire romain · Matines · Temps de Noël
Sanctissimi Nominis Jesu
Sermon de saint Bernard AbbéLeçons 4 à 6 des Matines
(Sermo 15 super Cantica, circa medium)
Ce n'est pas sans raison que l’Esprit-Saint compare l’Époux à l'huile, lorsqu’il met ces paroles sur les lèvres de l’Épouse : Ton nom est une huile répandue. L’huile donne la lumière, la nourriture et l’onction. Elle entretient le feu, elle alimente la chair, elle adoucit la douleur : lumière, nourriture, remède. Voyez maintenant comme tout cela s’applique bien à l’Époux. Par sa prédication il est notre lumière ; quand nous méditons ses mystères, il devient notre nourriture et, quand nous l’invoquons, il se fait pour nous douce onction. Développons chacun de ces points. D’où vient, pensez-vous, cette si grande et si soudaine lumière, dans le monde entier, sinon de la prédication du nom de Jésus ? N’est-ce point par la lumière de ce nom que Dieu nous a appelés à son admirable lumière ? C’est à ces illuminés, à ceux qui, dans cette lumière, voient la lumière, que Paul dit avec raison : Vous avez été autrefois ténèbres ; mais vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur.
C'est enfin ce nom que le même Apôtre a reçu mission de porter devant les rois et les nations ainsi qu’aux fils d’Israël. Ce nom, il le portait comme un flambeau ; il inondait sa patrie de lumière et il criait partout : La nuit s’éloigne et le jour approche. Rejetons donc les œuvres de ténèbres et revêtons-nous des armes de la lumière ; conduisons-nous honnêtement, comme en plein jour. Et il montrait à tous la lampe sur le candélabre, annonçant en tous lieux Jésus et Jésus crucifié. Comme cette lumière a resplendi et comme elle a frappé vivement les yeux de tous ceux qui la regardaient quand, sortant comme la foudre de la bouche de Pierre, elle affermissait les membres du boiteux et rendait l’aplomb à son corps, et quand elle illuminait spirituellement de nombreux aveugles. N’est-ce pas du feu que Pierre a répandu, quand il a dit : Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ?
Mais le nom de Jésus n’est pas seulement une lumière, c’est aussi un aliment. N’êtes-vous pas réconfortés chaque fois qu’il se présente à votre mémoire ? Y a-t-il un autre aliment qui nourrisse également l’âme en méditation ? Existe- t-il autre chose qui rende ainsi la force aux sens fatigués de la lutte, affermisse les vertus, entretienne les bonnes mœurs, favorise les chastes affections ? Tout aliment est desséché pour l’âme, s’il n’est arrosé de cette huile, et sans goût, s’il n’est pas assaisonné de ce sel. Si vous écrivez, je n’y trouve aucun goût, si je n’y lis le nom de Jésus ; à vos discussions et entretiens, je ne prends aucun goût, si je n’y entends pas le nom de Jésus. Jésus est miel à la bouche, mélodie à l’oreille, jubilation au cœur. Mais il est aussi remède. Quelqu’un de nous est-il triste ? Que le nom de Jésus vienne en son cœur et de là bondisse à ses lèvres ; et voici qu’à l’aurore de ce nom, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient. Quelqu’un est-il tombé dans le crime ? Bien plus, court-il en désespéré au lacet de la mort ? Ne va-t-il pas, s’il invoque ce nom de vie, respirer aussitôt la vie ?
Homélie de saint Bernard AbbéLeçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Luc
(Luc 2:21)
En ce temps-là : Après que les huit jours furent accomplis pour circoncire l'Enfant, on lui donna le nom de Jésus. Et le reste.
Homélie de saint Bernard Abbé
(Sermo 1 de Circumcisione)
Grand et glorieux mystère. L’enfant est circoncis et reçoit le nom de Jésus. Pourquoi cette connexion ? A première vue la circoncision paraît devoir être subie par celui qui est sauvé plutôt que par le Sauveur, et il semble que ce soit au Sauveur de circoncire et non pas d’être circoncis. Mais songez qu’il est le Médiateur entre Dieu et les hommes et que, dès les premiers instants de sa Nativité, il a associé les choses humaines aux choses divines, les plus basses aux plus sublimes. Il naît d’une femme, mais d’une femme en qui le fruit de la fécondité n’a pas fait tomber la fleur de la virginité. Il est enveloppé de pauvres langes, mais ces langes sont honorés par les louanges angéliques. Il est caché dans une crèche, mais une étoile brille dans le ciel pour annoncer sa venue. C’est ainsi que la circoncision démontre combien est réelle l'humanité dont il s’est revêtu, tandis que son nom qui est au-dessus de tous les noms indique la gloire de sa majesté. Il est circoncis comme vrai fils d’Abraham, il est nommé Jésus comme vrai fils de Dieu.
Et en effet le nom que porte mon Jésus que voici, n’est pas comme celui de ceux qui l’ont précédé, un nom vide de signification et sans portée. Il n’y a pas en lui le reflet d’un grand nom, mais sa vérité. L’Evangéliste ne nous atteste-t-il pas que ce nom vient du ciel et qu’il a été indiqué par l’Ange avant même la conception. Voyez la profondeur de cette parole : après que Jésus fut né, Jésus fut nommé par les hommes du nom qui lui avait été assigné par l’Ange avant sa conception. Or il est Sauveur de l’Ange aussi bien que de l’homme, mais de l’homme depuis l’Incarnation, et de l’ange depuis le début de la création. Il a été appelé, dit Luc, du nom de Jésus qui lui avait été donné par l’Ange. Le dire de deux ou trois témoins certifie toute parole. Et cette parole, qu’il est fait chair, contenue en bref dans le Prophète, se lit en plus clair dans l’Évangile.
(Sermo 2 de Circumcisione)
C'est à juste titre que l’enfant né pour nous reçoit, au moment de la circoncision, le nom de Sauveur. Déjà, en répandant pour nous son sang très pur, il commence à accomplir notre salut. Les chrétiens n’ont pas à se demander pour quoi le Seigneur a voulu être circoncis. Il a été circoncis pour le même motif qu’il est né et qu’il a souffert. De tout cela, il n’a rien fait pour lui ; il a tout fait pour ses élus. Il n’a pas été conçu dans le péché, il n’a pas été circoncis à cause du péché ; il n’est pas mort pour avoir péché, mais bien pour nos péchés. Il a été nommé, dit l’Évangile, par l'Ange avant sa conception. Le mot « nommé » est tout à fait exact, le nom n’a pas été imposé. Ce nom, c’est le sien de toute éternité. C’est sa nature propre, d’être Sauveur. Ce nom lui appartient donc de naissance ; il ne lui a été donné par aucune créature humaine ou angélique.
&teDeum