Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · Temps pascal

Dominica IV Post Pascha

Du Traité de saint Cyprien Évêque et Martyr sur le bien de la patienceLeçons 4 à 6 des Matines

(Sermon 1-3 et 20)

Puisque je dois parler de la patience, frères bienaimés, et vous dire ses avantages et ses convenances, par où commencerai-je de préférence, puisqu’aussi maintenant je vois que la patience vous est nécessaire pour écouter et que vous ne pouvez non plus, sans la patience, faire ce que vous entendez et apprenez ? Car enfin la parole et le moyen du salut ne se perçoivent efficacement que si l’on entend patiemment ce qui est dit. Et, parmi toutes les voies de la céleste discipline qui dirige notre conduite vers la divine acquisition des récompenses, objet de notre espérance et de notre foi, je ne trouve rien de plus utile pour la vie, ni de meilleur pour obtenir la gloire, que de garder la patience avec un soin extrême, nous qui nous attachons aux préceptes du Seigneur par le service de la crainte et de la dévotion. Les philosophes païens aussi font profession de pratiquer cette vertu, mais leur patience est aussi fausse que leur sagesse. Car comment pourrait-il être sage ou patient, celui qui ne connaît ni la sagesse, ni la patience de Dieu ?

Pour nous, frères bien-aimés, qui sommes philosophes, non dans nos paroles, mais dans nos actions ; qui professons la sagesse, non par notre vêtement, mais dans sa réalité ; qui connaissons mieux la pratique des vertus que leur ostentation ; qui ne disons pas de grandes choses, mais qui vivons comme des serviteurs et adorateurs de Dieu ; montrons par une soumission spirituelle cette patience que de divins enseignements nous ont apprise. Car cette vertu nous est commune avec Dieu. C’est de lui qu’elle vient, qu’elle tire son éclat et sa gloire. L’origine et la grandeur de la patience viennent de Dieu. L’homme doit aimer ce qui est cher à Dieu, car ce qu’aime la Majesté divine, elle le recommande. Si Dieu est notre Seigneur et notre Père, imitons la patience de qui est en même temps notre Seigneur et notre Père ; puisqu’il convient que des serviteurs soient obéissants et que des fils ne soient pas dégénérés.

C'est la patience qui nous recommande et nous garde auprès de Dieu ; c’est elle qui calme la colère, enchaîne la langue, gouverne l’âme, garde la paix, règle la discipline, brise l’impétuosité des passions, comprime les emportements de l’orgueil, éteint l’incendie de Pinimitié, contient la tyrannie des riches, ranime le pauvre dans son indigence, protège la bienheureuse pureté de la vierge, la laborieuse chasteté de la veuve, la tendresse sans partage des époux. Elle inspire l’humilité dans le bonheur, le courage dans l’adversité, la douceur au milieu des injustices et des affronts. Elle nous apprend à pardonner sans délai à ceux qui ont fait le mal ; si nous avons commis une faute, à en implorer longtemps et instamment le pardon. Les tentations, elle en triomphe ; les persécutions, elle les endure ; les souffrances et le martyre, elle les couronne. C’est elle qui assure la fermeté des fondements de notre foi.

Homéliede saint Augustin ÉvêqueLeçons 7 à 9 des Matines

Lecture du saint Évangile selon Saint Jean

(Jean 16:5-14)

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je m’en vais à celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : où allez-vous ? Et le reste.

Homéliede saint Augustin Évêque

(Traité 94 sur S. Jean, au commencement)

Lorsque le Seigneur Jésus eut prédit à ses disciples les persécutions qu’ils auraient à souffrir après son départ, il ajouta ; Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j'étais avec vous ; mais maintenant, je vais à celui qui m'a envoyé. Il faut d’abord voir ici s’il ne leur avait pas prédit auparavant les souffrances futures. Les trois autres Évangélistes montrent qu’il les leur avait suffisamment annoncées avant la Cène, au terme de laquelle, d’après saint Jean, il aurait prononcé les paroles précitées, disant : Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j'étais avec vous.

Ne peut-on pas résoudre cette difficulté, en disant que les autres Évangélistes font observer que sa Passion était proche, au moment où il parlait ainsi ? Il ne leur avait donc pas dit ces choses dès le commencement, lorsqu’il était avec eux, puisqu’il ne les leur dit qu’au moment de s’éloigner d’eux et de retourner à son Père. Ainsi donc, même selon ces Évangélistes, se trouve confirmée la vérité de ces paroles du Sauveur : Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement. Mais que penser de la véracité de l ’évangile selon saint Matthieu, qui rapporte que ces prédictions ont été faites par le Seigneur, non seulement à la veille de sa Passion, lorsqu’il allait célébrer la Pâque avec ses disciples, mais dès le commencement, à l’endroit où les douze sont désignés par leur nom et sont envoyés aux oeuvres divines ?

Que veulent donc dire ces paroles : Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous, si ce n’est que les déclarations qu’il leur fiait ici au sujet du Saint Esprit, à savoir que celui-ci viendrait à eux et rendrait témoignage au moment où ils auraient à souffrir tous ces maux, il ne les leur avait pas faites dès le commencement, parce qu’il était avec eux ? Ce consolateur ou cet avocat (car le mot grec « Paraclet » veut dire l’un et l’autre) n’était donc nécessaire qu’après le départ du Christ ; il ne leur en avait point parlé dès le commencement, lorsqu’il était avec eux, parce qu’il les consolait lui-même par sa présence.

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