Bréviaire romain · Matines · Temps pascal
In Ascensione Domini
Sermon de saint Léon PapeLeçons 4 à 6 des Matines
(Sermon 1 sur l'Ascension du Seigneur)
Depuis la bienheureuse et glorieuse résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, dans laquelle le vrai temple de Dieu, détruit par l'impiété juive, a été relevé en trois jours par la divine puissance, voici aujourd’hui, mes bien-aimés, le quarantième jour. Le nombre de ces saints jours s’est accompli en vertu d’une très sainte disposition, et a été employé utilement à notre instruction. L’intention du Seigneur, en prolongeant pendant ce temps sa présence corporelle, était de fortifier, par des preuves indubitables, la foi en sa résurrection. Car la mort du Christ avait beaucoup troublé les coeurs des disciples ; son supplice sur la croix, son dernier soupir, 1’ensevelissement de son cadavre avaient accablé leurs esprits d’une telle tristesse, qu’une certaine torpeur de défiance s’y était glissée.
Et c’est ainsi que les bienheureux Apôtres et tous les disciples, d’abord effrayés de la mort sur la croix et fort hésitants dans leur foi à la résurrection, ont été à ce point affermis par l’évidence de la vérité qu’à la vue du Seigneur s’en allant dans les hauteurs du ciel, non seulement ils n’ont pas éprouvé de tristesse, mais ils ont même été remplis de joie. Et certes bien grand et ineffable était leur motif de se réjouir quand, en présence d’une sainte multitude, on voyait la nature humaine monter plus haut en dignité que toutes les créatures célestes, pour dépasser les ordres angéliques et s’élever au-dessus des Archanges. Elle ne devait connaître de terme aux sublimités de son élévation qu’une fois reçue par le Père éternel, associée à sa gloire, sur le trône de celui dont elle partage la nature en qualité de Fils.
Puisque l’Ascension du Christ est notre propre élévation et qu’il y a espoir pour le corps d’être appelé où l’a précédé la gloire de sa tête, tressaillons donc, mes bien-aimés, de dignes sentiments de joie et réjouissons-nous dans de pieuses actions de grâces. Aujourd’hui nous ne sommes pas seulement confirmés dans la possession du Paradis, mais, en la personne du Christ, nous avons pénétré au plus haut des cieux. Nous avons obtenu, par l’ineffable grâce du Christ, des biens meilleurs que ceux que nous avions perdus par la jalousie du diable. En effet, ceux que le venimeux ennemi a chassés de la félidté de leur premier habitat, le Fils de Dieu se les est incorporés et les a placés à la droite du Père, avec lequel, étant Dieu, il vit et règne dans l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
Homélie de saint Grégoire, Pape.Leçons 4 à 6 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Marc.
(Marc 16:14-20)
En ce temps-là : Jésus se montra aux Onze eux-mêmes, tandis qu’ils étaient à table : et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui avaient vu qu’il était ressuscité. Et le reste.
Homélie de saint Grégoire, Pape.
(Homélie 29 sur les Évangiles)
Le retard que les disciples mirent à croire à la résurrection du Seigneur, n’a pas tant été leur faiblesse, qu’elle n’a été, pour ainsi dire, notre assurance future. La résurrection, en effet, à raison de leur doute, fut démontrée par beaucoup de preuves ; et, lorsque nous lisons ces faits dans l’Évangile, ne sommes-nous pas affermis par leur hésitation même ? L’histoire de Madeleine qui crut très vite, m’est moins utile que celle de Thomas qui douta longtemps. Car cet Apôtre en doutant, toucha les cicatrices du Sauveur, et enleva ainsi de notre cœur la plaie du doute.
Pour faire pénétrer en nous la vérité de la résurrection du Seigneur, il nous faut aussi remarquer ces paroles de saint Luc : « Mangeant avec eux, il leur commanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem. » Et un peu plus loin : « Eux le voyant, il s’éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. » Notez ces paroles, remarquez ces mystères. Après avoir mangé avec eux, il s’éleva ; il mangea et il monta, afin de nous rendre manifeste par l’action d’absorber de la nourriture, la réalité de sa chair. Saint Marc rapporte que le Seigneur, avant de monter au ciel, reprocha à ses disciples la dureté de leur cœur et leur incrédulité. Que remarquer en cela, sinon que le Seigneur adressa des reproches à ses disciples au moment où il les quittait corporellement, afin que ces paroles, dites en se séparant d’eux, restassent plus profondément imprimées dans le cœur de ceux qui les entendaient ?
Écoutons ce que le Sauveur commande à ses disciples, après leur avoir reproché leur endurcissement : « Allez dans tout l’univers, et prêchez l’Évangile à toute créature. » Est-ce à dire, mes frères, que le saint Évangile dût être annoncé aux choses inanimées, ou aux animaux dépourvus de raison, et que ce soit à leur sujet que cette parole ait été dite aux disciples : « Prêchez à toute créature ? » Mais c’est l’homme qui est désigné ici par ces mots : toute créature. L’homme a, en effet, quelque chose de toute créature. L’être lui est commun avec les pierres, la vie avec les arbres, la sensibilité avec les animaux, et l’intelligence avec les Anges. Si donc l’homme a quelque chose de commun avec toute créature, on peut dire, en quelque sorte, que l’homme est toute créature, et par conséquent l’Évangile est prêché à toute créature, lorsqu’il est prêché à l’homme seul.
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