Bréviaire romain · Matines · Temps après la Pentecôte
Le Très Sacré-Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ
Bréviaire romain, MatinesLeçons 4 à 6 des Matines
Parmi les merveilleux développements de la doctrine sacrée et de la piété, par lesquels les desseins de la divine Sagesse se manifestent de jour en jour plus clairement à l’Église, il n’en est guère de plus remarquable que la progression triomphale du culte du Sacré-Cœur de Jésus. En effet très souvent au cours des premiers temps, des Pères, des Docteurs, des Saints ont célébré l’amour de notre Rédempteur. La blessure ouverte au côté du Christ, ils l’ont appelée la source mystique de toutes les grâces. Mais, à partir du Moyen Âge, depuis qu’une piété plus affective envers la très sainte Humanité du Sauveur commença à toucher les fidèles, les âmes contemplatives pénétraient par cette plaie jusqu’au Cœur lui-même, blessé par amour pour les hommes. Et depuis lors cette contemplation devint chez quelques grands saints tellement familière qu’il n’est point de région ni d’ordre religieux où l’on n’en trouve à cette époque des témoignages insignes. Enfin, dans des temps plus proches de nous, et particulièrement à l’époque où des hérétiques, sous le prétexte d’une fausse piété, essayaient de détourner les chrétiens de la très sainte Eucharistie, on commença à rendre un culte public au Sacré-Cœur, grâce surtout à saint Jean Eudes, qui, à juste titre, est appelé l’auteur du culte liturgique des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie.
Toutefois, pour établir pleinement et parfaitement le culte du Sacré-Cœur de Jésus et le propager dans le monde entier, Dieu lui-même se choisit pour instrument une humble vierge de l’ordre de la Visitation, sainte Marguerite-Marie Alacoque. À celle-ci, brûlant d’amour dès son enfance envers le sacrement de l’Eucharistie, le Christ Seigneur apparut de nombreuses fois et daigna révéler les richesses et les désirs de son divin cœur. La plus célèbre de ces apparitions est celle où Jésus se montra à elle pendant qu’elle était en prière devant l’Eucharistie. Il lui montra son Sacré-Cœur et se plaignit de ce qu’en retour de son immense charité il ne recevait que les opprobres des hommes ingrats. Il lui ordonna d’obtenir qu’une fête nouvelle soit instituée, le vendredi après l’octave de la Fête-Dieu, et qu’en cette fête son Cœur soit honoré dignement et les outrages que les pécheurs lui infligent dans son sacrement d’amour soient expiés par de dignes hommages. Personne n’ignore quelles grandes et nombreuses difficultés la servante de Dieu rencontra pour accomplir les ordres du Christ. Mais, encouragée par le Seigneur lui-même et puissamment aidée par les religieux, ses directeurs spirituels, qui, avec une ardeur incroyable travaillèrent à la propagation de ce culte, elle ne cessa pas de s’acquitter fidèlement jusqu’à sa mort de la céleste mission qui lui avait été confiée.
Enfin en l’an 1765, le Souverain Pontife Clément XIII approuva l’Office et la Messe en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus. Pie IX étendit la fête à l’Église universelle. Désormais, le culte du Sacré-Cœur, comme un fleuve débordant, en dépit de toutes les difficultés, se répandit dans le monde entier. Au début du siècle suivant, en annonçant le Jubilé, Léon XIII décida que le genre humain tout entier serait consacré au Sacré-Cœur. Cette consécration, faite solennellement dans toutes les églises du monde catholique, développa considérablement cette dévotion et elle attira non seulement des peuples mais aussi des familles, qui se consacrent en grand nombre au Divin Cœur et se soumettent à cette domination royale. En dernier lieu, afin que la solennité de cette fête répondît plus pleinement à la dévotion si largement répandue dans le peuple chrétien, le Souverain Pontife Pie XI éleva cette fête au rang de première classe. En outre, afin de faire acte de réparation pour les droits violés du Christ souverain Roi et Sauveur très aimant et de déplorer les péchés des peuples, il ordonna que chaque année à cette fête, une amende honorable soit récitée dans tous les sanctuaires du monde entier.
Homélie de saint Bonaventure, ÉvêqueLeçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Jean
(Jn 19:31-37)
En ce temps-là : Ce jour étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu’on leur rompît les jambes, et qu’on les enlevât. Et le reste.
Homélie de saint Bonaventure, Évêque
(Livre de l’Arbre de Vie, num. 30)
Une disposition de Dieu permit à un des soldats d’ouvrir d’un coup de lance le Cœur sacré de Jésus. Ainsi, l’Église serait tirée du côté du Christ endormi sur la croix. En même temps, serait réalisée la parole de l’Écriture : « Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé. » Le sang et l’eau, prix de notre salut, s’écoulèrent de cette blessure du cœur, comme d’une source mystérieuse, pour donner aux sacrements de l’Église la puissance de conférer la vie de la grâce et pour être le breuvage de « cette source d’eau vive jaillissant en vie éternelle » que goûteraient les âmes qui vivent dans le Christ. Lève-toi donc, ô amie du Christ, ne cesse pas de veiller, applique ici tes lèvres pour « puiser l’eau aux sources du salut ».
(De la Vigne mystique, chap. 3)
Ne nous laissons pas facilement entraîner loin du cœur de ce très doux Seigneur, une fois que nous y avons accédé, car il nous est bon d’y demeurer. Ah, qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en ce Cœur ! Votre Cœur, ô bon Jésus, est vraiment le trésor, la perle précieuse que nous avons trouvée dans le champ labouré de votre corps. Qui pourrait rejeter cette perle ? Quant à moi, bien plutôt, je donnerai toutes les perles, j’échangerai toutes mes pensées et mes affections pour l’acquérir, jetant tout mon souci en ce cœur de Jésus qui, dans sa bonté, me nourrira sans risque de déception. Après avoir ainsi trouvé, ô très bon Jésus, ce Cœur qui est le vôtre et qui est à moi aussi, je vous prierai comme mon Dieu : Accueillez mes prières dans le sanctuaire où vous les exaucez. Bien plus, attirez-moi tout entier dans votre Cœur.
Votre Cœur a été transpercé pour nous ouvrir un accès. Il a été blessé pour que nous puissions y habiter à l’abri des troubles externes. Mais il le fut aussi pour que cette plaie visible nous révèle la plaie invisible de votre amour. Quel meilleur moyen de manifester l’ardeur de votre amour pour nous que de permettre la blessure par la lance, non seulement de votre corps en général, mais de votre Cœur spécialement ! La blessure de la chair fait connaître la blessure spirituelle. Qui pourrait ne pas aimer un Cœur blessé à ce point ? Qui n’aimerait en retour un Cœur si aimant ? Qui ne serrerait sur son propre cœur un Cœur si pur ? Nous donc qui demeurons encore dans la chair, payons de retour selon notre pouvoir notre Sauveur tout aimant, étreignons-le tout saignant des plaies que d’impies laboureurs ont creusé le sillon dans ses mains et ses pieds, son côté et son Cœur. Prions enfin pour que Jésus daigne enchaîner par le lien de son amour et blesser de ses traits notre cœur encore obstiné et impénitent.
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