Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · Temps après la Pentecôte

7e jour dans l’Octave du Très Sacré-Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ

Bréviaire romain, MatinesLeçons 4 à 6 des Matines

(Des Encycliques du Pape Pie XI)

À quel point cette expiation, cette réparation sont nécessaires, surtout de nos jours, on le comprendra sans peine, comme Nous le disions au début, en considérant d’un regard le monde « plongé dans le mal » [18]. De toutes parts, en effet, monte vers Nous la clameur gémissante des peuples, dont les chefs ou les gouvernants se sont tous ensemble dressés et ligués contre le Seigneur et son Église. Mais est encore attristant l’état de tant de fidèles, lavés au baptême dans le sang de l’Agneau sans tache et comblés de ses grâces, appartenant à tous les rangs de la société, qui, affligés d’une ignorance incroyable des choses divines, empoisonnés d’erreurs, se traînent dans le vice loin de la maison du Père, sans qu’un rayon de lumière de la vraie foi les éclaire, sans que l’espoir du bonheur futur les réjouisse, sans que l’ardeur de la charité les ranime et les réchauffe, de telle sorte qu’ils semblent vraiment être plongés dans les ténèbres et assis à l’ombre de la mort.

À ces maux vient mettre un comble soit la mollesse ou la lâcheté de ceux qui – tels les disciples endormis ou fugitifs, chancelant dans leur foi – désertent misérablement le Christ agonisant d’angoisse ou entouré des satellites de Satan, soit la perfidie de ceux qui, à l’exemple du traître Judas, ont l’audace sacrilège de participer au sacrifice de l’autel et passent à l’ennemi. On ne peut vraiment s’empêcher de penser que semblent être proches les temps prédits par Notre-Seigneur : « Et à cause des progrès croissants de l’iniquité, la charité d’un grand nombre se refroidira ». À pieusement méditer ainsi, tous les fidèles ne pourront que s’enflammer d’amour pour le Christ souffrant. Avec un zèle plus vif ils voudront expier leurs fautes et celles d’autrui, réparer les torts faits à l’honneur du Christ et travailler au salut éternel des âmes.

Comme elle est vraie cette parole de l’Apôtre : « Là où la faute abonda, la grâce surabonda », et comme en un sens elle peut servir à peindre notre époque ! En dépit, en effet, de la perversité croissante des hommes, c’est merveille de voir, sous l’inspiration du Saint-Esprit, grandir le nombre des fidèles des deux sexes qui, d’un zèle plus ardent, s’efforcent de réparer tant d’insultes au divin Cœur, n’hésitent pas à s’offrir eux-mêmes comme victimes au Christ. Celui qui médite, en effet, avec amour sur tout ce que Nous venons de rappeler, s’en imprégnant, si l’on peut dire, jusqu’au plus profond de son être, ne peut faire autrement que d’avoir horreur et de s’abstenir de tout péché, comme du mal souverain, comme aussi de s’abandonner tout entier à la volonté de Dieu et de réparer l’honneur outragé de la divine Majesté par tous les moyens en son pouvoir : prières incessantes, souffrances librement consenties, épreuves éventuelles patiemment acceptées ; en un mot par une vie entièrement consacrée à cette soif d’expiation.

Homélie de saint Cyrille, évêque d’AlexandrieLeçons 4 à 6 des Matines

Lecture du saint Évangile selon saint Jean

(Jn 19:31-37)

En ce temps-là : Ce jour étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu’on leur rompît les jambes, et qu’on les enlevât. Et le reste.

Homélie de saint Cyrille, évêque d’Alexandrie

(Commentaire sur S. Jean, livre 12 , chapitre 19)

Ce n’est pas pour attribuer de la piété aux Juifs durs et cruels, que le bienheureux Évangéliste rapporte ce fait, mais afin de montrer que dans leur stupidité et leur sottise, selon la parole du Christ, ils filtrent le moucheron et avalent le chameau. On les voit en effet tenir pour rien les crimes les plus énormes et les plus grands, tandis qu’ils examinent avec un soin attentif des fautes minimes et légères, étalant dans les deux cas leur ignorance. Et la preuve en est facile. Voici en effet qu’après avoir mis à mort le Christ, ils font grand cas du respect du sabbat, et qu’avec une incroyable audace, après avoir outragé l’auteur de la Loi, ils se parent du respect pour la Loi.

Ils feignent d’honorer ce jour solennel du sabbat, eux qui ont mis à mort le Maître de ce jour solennel, et ils réclament une faveur digne d’eux seuls : qu’on brise les jambes des larrons, infligeant par une souffrance intolérable à ces misérables à demi-morts un coup plus cruel que la mort elle-même. « Les soldats vinrent donc et rompirent les jambes du premier, puis de l’autre qui avaient été crucifiés avec lui. » Déférant à la requête des Juifs et animés pareillement d’une furieuse cruauté, les soldats, trouvant les deux larrons encore en vie, leur brisent les jambes, rendant pour eux plus imminente la menace de l’issue fatale et les poussant à la mort comme par une contrainte désormais plus irrésistible. Mais trouvant Jésus la tête inclinée et pensant que déjà il avait expiré, ils jugent inutile de lui briser les jambes. Cependant, comme ils doutaient encore quelque peu de sa mort, d’une lance ils lui transpercent le côté, d’où jaillit le sang mêlé d’eau, qui était comme une image et les prémices de la mystique eulogie et du saint baptême.

Par ces faits le très sage Évangéliste confirme à ses auditeurs que c’est bien là le Christ autrefois annoncé par les saintes Écritures : ils se sont en effet déroulés conformément aux divins oracles qui le concernaient. Et selon l’Écriture, aucun de ses os n’a été rompu, et il a été transpercé par la lance des soldats. Il dit encore que de cela fut spectateur le disciple qui en a témoigné et sait que son témoignage est vrai, se désignant lui-même et non un autre par ces paroles.

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