Bréviaire romain · Matines · Temps après la Pentecôte
5e jour dans l’Octave du Très Sacré-Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ
Bréviaire romain, MatinesLeçons 4 à 6 des Matines
Des Encycliques du Pape Pie XI
Plus notre oblation et notre sacrifice ressembleront au sacrifice du Christ, autrement dit, plus parfaite sera l’immolation de notre amour-propre et de nos convoitises, plus la crucifixion de notre chair se rapprochera de cette crucifixion mystique dont parle l’Apôtre, plus abondants seront les fruits de propitiation et d’expiation que nous recueillerons pour nous et pour les autres. Car entre les fidèles et le Christ existe une admirable relation, semblable à celle qui relie la tête aux divers membres du corps ; mais de plus, par cette mystérieuse communion des saints, que professe notre foi catholique, les hommes et les peuples non seulement sont unis entre eux, mais encore avec Celui-là même « qui est la tête, le Christ. C’est de lui que tout le corps, coordonné et uni par le lien des membres qui se prêtent un mutuel secours et dont chacun opère selon sa mesure d’activité, grandit et se perfectionne dans la charité. » C’est la prière qu’avant de mourir le Christ Jésus, Médiateur entre Dieu et les hommes, adressait lui-même à son Père : « Que je sois en eux et vous en moi, afin qu’ils soient parfaitement un. »
Par conséquent, de même que l’union avec le Christ trouve son expression et sa confirmation dans l’acte de consécration, de même l’expiation sert de prélude à cette union en effaçant les péchés ; elle la perfectionne en nous associant aux souffrances du Christ, elle la parachève enfin en offrant des victimes pour le prochain. Ce fut là bien certainement la miséricordieuse intention de Jésus quand il nous présenta son Cœur chargé des insignes de la Passion et débordant des flammes de l’amour. En nous montrant ainsi, d’une part, la malice infinie du péché, et en nous faisant admirer, d’autre part, l’infinie charité du Rédempteur, il voulait nous inspirer une haine encore plus vive du péché, ainsi que plus d’ardeur à répondre à son amour. Du reste, l’esprit d’expiation ou de réparation a toujours tenu le premier et principal rôle dans le culte rendu au Sacré Cœur de Jésus. Rien n’est plus conforme à l’origine, à la nature, à la vertu et aux pratiques qui caractérisent cette dévotion. D’ailleurs, l’histoire, les usages, la liturgie sacrée et les actes des Souverains Pontifes en portent témoignage.
Dans ses apparitions à Marguerite-Marie, quand il lui dévoilait son infinie charité, le Christ laissait en même temps percevoir comme une sorte de tristesse, en se plaignant des outrages si nombreux et si graves que lui faisait subir l’ingratitude des hommes. Puissent les paroles qu’il employait alors ne jamais s’effacer de l’âme des fidèles : « Voici ce Cœur – disait-il – qui a tant aimé les hommes, qui les a comblés de tous les bienfaits, mais qui, en échange de son amour infini, recueille non des actions de grâces, mais l’indifférence, l’outrage, et parfois de ceux-là mêmes que les témoignages d’un amour spécial obligeaient à lui demeurer plus fidèles. »
Bréviaire romain, MatinesLeçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Jean
(Jn 19:31-37)
En ce temps-là : Ce jour étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu’on leur rompît les jambes, et qu’on les enlevât. Et le reste.
(Homélie de saint Bernardin de Sienne)
(Carême de la Religion Chrétienne, Sermon 5)
Jean poursuit : « Arrivés à Jésus et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes, mais de sa lance l’un des soldats lui ouvrit le côté, et il en sortit aussitôt du sang et de l’eau. » Ô amour qui fonds tout ! Comment pour notre rédemption as-tu délaissé celui qui nous aime ? Car afin que de toutes parts nous inondât le déluge de l’amour, sur nous se sont déchirés les grands abîmes, c’est-à-dire les sources profondes de vie du Cœur de Jésus, que la lance cruelle, pénétrant jusqu’au plus intime, n’a pas épargnées. « Il sortit du sang et de l’eau. » Le sang coula pour la rédemption, mais aussi l’eau pour la purification : ainsi l’Église fut formée du côté du Christ, afin qu’elle se sache éternellement épousée et aimée du Christ, et qu’elle reconnaisse combien a déplu la faute pour laquelle le sang d’un Dieu a ainsi été répandu par l’Homme Dieu tant vivant que mort. Car nous ne sommes pas d’un vil prix, si le sang d’un Dieu est pour nous répandu.
Selon la lettre, l’eau ne coula pas confondue avec le sang. En effet les insensés n’auraient pas saisi, si elle avait coulé mêlée au sang. Et sans doute tout le sang s’est-il écoulé de ce divin corps en figure de l’amour répandu tout entier ; après quoi l’eau est sortie à son tour. Ce qui s’est accompli par un profond mystère : du même corps est d’abord sorti le prix du rachat, puis l’eau en qui est symbolisée la multitude des peuples rachetés. Les eaux abondantes, ce sont en effet des peuples nombreux. Cependant ceux qui appartiennent à la foi chrétienne ne forment qu’un peuple fidèle, de sorte que ce ne sont pas des eaux, mais de l’eau qui est sortie du côté du Christ. C’est ce que dit l’Apôtre dans la Première aux Corinthiens : « Il n’y a qu’un seul pain et nous sommes un seul corps, malgré notre nombre, car nous participons tous à un seul pain et à un seul calice. » Et il dit encore aux Éphésiens : « Un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême. »
Il faut cependant noter avec soin qu’il est dit du côté du Christ qu’il est ouvert et non blessé : car on ne peut à proprement parler faire de blessure qu’à un corps vivant. L’Évangéliste Jean dit en effet : « De sa lance, l’un des soldats lui ouvrit le côté », afin que par le côté ouvert, nous apprenions l’amour de son Cœur, qui va jusqu’à la mort, et que nous accédions à son amour ineffable par le chemin qu’il fait pour venir à nous. Approchons donc de son Cœur, Cœur profond, Cœur mystérieux, Cœur qui pense tout, Cœur qui connaît tout, Cœur aimant, bien plus, embrasé d’amour. Comprenons que la porte est ouverte et du moins sous la violence de l’amour, devenons conformes à ce Cœur. Entrons dans le secret caché de toute éternité, et maintenant comme révélé dans la mort par l’ouverture du côté, car l’ouverture du côté prouve qu’est ouvert le temple éternel, où est consommée l’éternelle félicité de tous les vivants.
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