Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · Carême et Passion

Dominica III in Quadragesima

Bréviaire romain, MatinesLeçons 4 à 6 des Matines

Du livre de saint Ambroise Évêque sur le saint Patriarche Joseph

La vie des Saints est pour les autres une règle de vie. Aussi trouvons-nous une série ordonnée de récits scripturaires dont la lecture nous fait connaître Abraham, Isaac, Jacob et d’autres justes, pour que nous les suivions en marchant sur leurs traces, sur cette sorte de sentier d’innocence ouvert par leur vertu. Ayant souvent parlé de ces saints personnages, voici qu’aujourd’hui se présente l’histoire de Joseph qui, remarquable par beaucoup d’autres genres de vertus, brille spécialement de l’éclat de la chasteté. Ainsi donc il est juste qu’après avoir appris auprès d’Abraham la promptitude indéfectible de sa foi, auprès d’Isaac, l’intégrité d’un esprit sincère, auprès de Jacob, la singulière patience de son cœur au milieu de ses peines, vous passiez de la considération de ces vertus générales à celles d’enseignement plus particuliers.

Qu'il nous soit donc proposé, saint Joseph, comme un miroir de chasteté car dans ses moeurs et dans ses actes, brille la pudeur et resplendit cet éclat particulier de grâce qui accompagne la chasteté. C’est même pour cela qu’il était plus aimé de ses parents que les autres fils. Mais ce fut la cause d’une jalousie qui ne put être passée sous silence, parce qu’elle est à l’origine de toute la trame de cette histoire et aussi pour que nous sachions que l’homme parfait ne se laisse pas entraîner par le désir de venger un outrage ou de rendre le mal pour le mal, ce qui faisait dire à David : Je n’ai pas rendu le mal à ceux qui m’en avaient fait.

Pour quelle raison, en effet, Joseph eût-il mérité d’être préféré à tous les autres, s’il avait offensé ceux qui l’offensaient ou aimé seulement ceux qui l*aimaient ? Car cela, la plupart le font. Mais ce qui est admirable, c’est d’aimer son ennemi, comme le Sauveur l’enseigne. Vraiment admirable est celui qui a fait cela avant l’Évangile, en sorte qu’offensé il a pardonné, attaqué il a oublié, vendu il n’a pas rendu l'injure, mais au contraire a rendu le bienfait pour l'outrage, choses que l’Évangile nous a enseignées à tous et que nous ne pouvons observer. Étudions donc la jalousie des Saints afin d’imiter leur patience ; et apprenons qu'ils n’étaient point d’une nature supérieure à la nôtre, mais plus soumise au devoir, qu’ils n’ont point ignoré les penchants mauvais, mais les ont réprimés. Si donc la flamme de l’envie a touché même les Saints, combien plus faut-il prendre garde qu’elle ne brûle les pécheurs ?

Homélie de saint Bède le Vénérable PrêtreLeçons 7 à 9 des Matines

Lecture du saint Évangile selon saint Luc

(Luc 11:14-28)

En ce temps-là, Jésus chassait un démon, et ce démon était muet. Et lorsqu’il eut chassé le démon, le muet parla, et la foule fut dans l’admiration. Et le reste.

Homélie de saint Bède le Vénérable Prêtre

(Lib. 4, cap. 48, in cap. 11 Lucæ)

Ce démoniaque, d’après Matthieu, était non seulement muet, mais le récit le dit aussi aveugle, et il fut si bien guéri par le Seigneur qu’il parla et qu’il vit. Trois prodiges ont donc été accomplis en même temps dans un seul homme : l’aveugle voit, le muet parle, le possédé est délivré du démon. Ce qui se fit alors était seulement corporel ; mais cela s’accomplit aussi chaque jour, lors de la conversion des croyants, si bien qu'après l’expulsion du démon, les lumières de la foi apparaissent, et les bouches auparavant muettes s’ouvrent ensuite aux louanges de Dieu. Mais quelques uns de ceux qui étaient là décrièrent : C’est par Bêelzébub, prince des démons3 qu’il chasse les démons. Ceux qui disaient ces choses n’étaient point des gens du peuple, mais les pharisiens et les scribes qui le calomniaient, comme l’attestent les autres Évangélistes.

Oui, les foules, qui paraissaient moins instruites, admiraient toujours les miracles du Seigneur ; ceux-là, au contraire, ou bien les niaient, ou, s’ils ne pouvaient les nier, s’efforçaient de les dénaturer par une explication défavorable, attribuant ces oeuvres, non pas à la puissance divine, mais à l’esprit immonde. D’autres encore, pour le tenter, lui demandaient un prodige dans le ciel, ou bien manifestaient le désir qu’à la manière d’Élie, il fît descendre le feu du ciel, ou bien, comme l’avait fait Samuel, qu’en été, on entendît gronder le tonnerre, qu’on vît briller les éclairs, et qu’on reçût des torrents d’eau ; comme s’ils n’eussent pas pu encore calomnier ces faits et dire qu’ils étaient produits par des causes inconnues et par diverses perturbations de l’air. Mais toi, qui dénatures ce que tu vois de tes yeux, ce que tu touches de tes mains, ce dont tu sens l’utilité, que ferais-tu des prodiges qui te viendraient du ciel ? Tu répondrais certainement que les magiciens en Égypte ont fait aussi de nombreux prodiges venus du ciel.

Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et ses maisons s9émuleront Tune sur Vautre. Ce n’est point à leurs dires, mais à leurs pensées qu’il répondit, afin qu’ainsi ils fussent au moins contraints de croire à la puissance de celui qui lisait les secrets de leur cœur. Or, si tout royaume divisé contre lui-méme est dévasté, le royaume du Père, du Fils et du Saint-Esprit n’est donc point divisé, puisqu’il ne sera désolé par aucune controverse, ni aucun soulèvement, mais demeurera éternellement stable. Mais si Satan est divisé contre lui-même3 comment se maintiendra son règne3 puisque vous dites que c9est par Béel- ëébub que je chasse les dé- mon$} En disant cela, Jésus voulait leur faire comprendre, par leur propre aveu, que s’ils ne croyaient pas en lui, ils se plaçaient sous la domination du diable qui ne peut subsister s’il est divisé contre lui- même.

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