Bréviaire romain · Matines · Communs
Aux fêtes de la Bienheureuse Vierge Marie
Sermon de saint Jean ChrysostomeLeçons 4 à 6 des Matines
(Chez le Métaphraste)
Le Fils de Dieu s’est choisi pour mère, non pas une femme riche et opulente, mais cette bienheureuse Vierge dont l’âme était ornée de vertus. Comme la Bienheureuse Marie surpassait en pureté le reste de l’humanité, c’est pour cette raison qu’elle conçut dans son sein le Christ notre Seigneur. En recourant à cette très sainte Vierge, Mère de Dieu, nous obtiendrons les bienfaits de son patronage. Ainsi, vous toutes qui êtes vierges, réfugiez-vous auprès de la Mère du Seigneur. Sa protection vous conservera cette vertu dans toute sa beauté, dans tout son prix, dans toute son intégrité.
Ce fut en réalité un grand miracle, mes très chers frères, que la Bienheureuse Marie toujours Vierge. Quelle dignité, quelle gloire plus grande que la sienne a-t-on jamais découverte en aucun siècle, ou pourra-t-on trouver un jour ? Elle seule surpasse en excellence le ciel et la terre. Existe-t-il une créature plus sainte que Marie ? Non, ni les Prophètes, ni les Apôtres, ni les Martyrs, ni les Patriarches, ni les Anges, ni les Trônes, ni les Dominations, ni les Séraphins, ni les Chérubins, en un mot aucune créature visible ou invisible, plus grande, plus parfaite que Marie, ne se peut rencontrer. Elle est à la fois la servante et la mère de Dieu, à la fois Vierge et Mère.
Elle est la Mère de Celui qui a été engendré du Père avant tout commencement et que les Anges et les hommes reconnaissent pour le Seigneur de toutes choses. Voulez-vous savoir combien cette Vierge l’emporte sur les puissances du ciel ? Ces puissances se tiennent devant Dieu en se voilant la face, avec crainte et tremblement : Marie, elle, offre la nature humaine à Celui qu’elle a enfanté. C’est par Elle aussi que nous obtenons le pardon de nos péchés. Salut, donc, ô Mère, ô ciel, ô jeune fille, ô Vierge, ô trône ! De notre Église vous êtes l’honneur, la gloire et l’appui. Priez sans cesse pour nous Jésus, votre Fils et notre Seigneur, afin que, par vous, nous trouvions miséricorde au jour du jugement, et que nous puissions obtenir les biens réservés à ceux qui aiment Dieu, par la grâce et la bonté de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui soient comme au Père et à l’Esprit Saint, gloire, honneur et empire, maintenant et toujours dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Homélie de saint Bède le Vénérable, PrêtreLeçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Luc
(Lc 11:27-28)
En ce temps-là : Jésus parlant aux foules, une femme, élevant la voix d’au milieu de la foule lui dit : Heureux le sein qui vous a porté. Et le reste.
Homélie de saint Bède le Vénérable, Prêtre
(Livre 4 chapitre 49, sur Luc 11)
Cette femme fit bien voir la grandeur de sa dévotion et de sa foi. Tandis que les Scribes et les Pharisiens tentent le Seigneur et blasphèment contre lui, elle reconnaît avec tant de sincérité son incarnation, elle la proclame avec tant d’assurance qu’elle confond tout à la fois la calomnie dont les principaux d’entre les Juifs tâchaient alors de noircir le Fils de Dieu, et la perfidie des hérétiques qui devaient s’élever dans la suite des temps. De même qu’à cette époque les Juifs, blasphémant contre l’ouvrage du Saint-Esprit, niaient que Jésus-Christ fût le vrai Fils de Dieu, consubstantiel au Père ; ainsi les hérétiques devaient-ils plus tard, en niant que Marie, toujours Vierge, eût par l’opération du Saint-Esprit, fourni de sa propre chair au Fils de Dieu la matière de ses membres humains, prétendre qu’il ne faut pas le reconnaître pour le vrai fils de l’homme et de la même substance que sa mère.
Mais si la chair que le Verbe de Dieu a prise en s’incarnant, n’est pas formée de celle de la Vierge sa Mère, c’est sans motif qu’on appelle heureux le sein qui l’a porté et les mamelles qui l’ont allaité. L’Apôtre a dit : « Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme soumise à la loi. » Il ne faut pas écouter ceux qui pensent qu’il faut lire : Né d’une femme assujettie à la loi, mais on doit lire : « Formé d’une femme », parce qu’ayant été conçu dans le sein d’une Vierge, il n’a pas tiré sa chair de rien ; mais de la chair de sa mère. Autrement il ne serait pas appelé avec vérité, fils de l’homme puisqu’il ne tirerait pas son origine de l’humanité. Élevons donc, nous aussi, la voix contre Eutychès, avec l’Église catholique, dont cette femme était la figure, élevons aussi notre esprit au-dessus de la foule, et disons au Sauveur : « Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées. » Car elle est vraiment une Mère heureuse, celle qui, selon l’expression d’un auteur, « a enfanté le Roi qui gouverne dans tous les siècles le ciel et la terre ».
« Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Le Sauveur approuve éminemment ce qu’avait dit cette femme, quand il affirme que non seulement celle qui a mérité d’engendrer corporellement le Verbe de Dieu, mais aussi tous ceux qui s’efforcent de concevoir spirituellement le même Verbe par l’audition de la foi, de l’enfanter et de le nourrir par la pratique des bonnes œuvres, soit dans leur cœur, soit en celui de leur prochain, sont véritablement heureux. Certes, la Mère de Dieu est bienheureuse d’avoir servi dans le temps, et contribué à l’incarnation du Verbe ; mais elle est encore plus heureuse d’avoir mérité, en l’aimant toujours, de le garder en elle éternellement.
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