Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · Communs

Commun d’un Martyr Pontife

Sermon de Saint Augustin, ÉvêqueLeçons 4 à 6 des Matines

(Sermon 44 sur les Saints)

Nous honorons en ce jour le triomphe du bienheureux Martyr N. dont nous célébrons la solennité tous les ans. Comme l’Église se réjouit avec lui de sa gloire, elle exhorte ses enfants à suivre ses vestiges. Car si nous prenons part aux souffrances, nous aurons part aussi à la gloire. Nous devons considérer principalement deux choses dans l’illustre combat que ce Saint a soutenu pour la foi, à savoir, la cruauté du persécuteur, et la patience invincible du Martyr : la cruauté inflexible du persécuteur pour la détester ; la patience du Martyr pour l’imiter. Écoutez le Prophète qui fulmine dans le Psaume contre la malice du pécheur quand il dit : « Ne portez point d’envie aux méchants, parce qu’ils sècheront promptement comme l’herbe. » Écoutez l’Apôtre qui nous apprend à opposer la patience à la malice des méchants, quand il dit : « La patience vous est nécessaire afin que vous remportiez la couronne que Dieu vous a promise. »

La patience de ce bienheureux Martyr a donc été couronnée et la malice incorrigible de son persécuteur a été condamnée à des supplices éternels. C’est ce que le glorieux athlète de Jésus-Christ a eu en vue dans le combat qu’il a eu à soutenir et ce qui l’a empêché d’avoir horreur de la prison. À l’imitation de son chef il a souffert les opprobres, il a enduré les railleries et les insultes, il n’a point craint les fouets et autant qu’il a enduré les supplices pour Jésus-Christ avant de mourir, il lui a offert autant de sacrifices dont il était lui-même la victime. Il se souvenait des paroles de l’Apôtre, qu’il avait gravées profondément dans son cœur : « Il n’y a aucune proportion entre les souffrances de cette vie et cette gloire future que Dieu doit manifester en nous. » Et de ces autres paroles : « Les maux que nous souffrons qui sont si légers et qui ne durent qu’un moment, produisent un poids éternel de gloire dont nous jouirons au ciel. » L’amour de cette gloire promise l’élevait au-dessus des choses de la terre et l’avant-goût de ces délices célestes remplissant son âme d’une joie et d’une douceur ineffable, lui faisait dire avec le Prophète : « Qu’est-ce que j’attends au ciel et qu’ai-je à vous demander sur la terre ? Ma chair et mon cœur languissent d’amour pour vous, ô mon Dieu, Vous êtes le Dieu de mon cœur et mon partage à jamais. »

Autant que les nuages de cette vie permettent à l’infirmité de l’esprit humain de pénétrer dans l’éternité, il contemplait les joies de cette cité céleste et ne pouvant en exprimer la grandeur, il s’écriait dans l’admiration de tant de merveilles : « Qu’est-ce que j’attends au ciel », comme s’il disait cet éclat, cette gloire, cette élévation, par laquelle Jésus-Christ notre Seigneur nous mettant à couvert de la violence des hommes et nous faisant entrer dans le secret de Sa face, transformera ce corps vil et abject que nous portons, pour le rendre conforme à Son corps glorieux, cet éclat, dis-je, et cette gloire dépasse mes forces et est au-dessus de toute mon éloquence et de toute la capacité de mon esprit. Animé par le vue de cette parfaite et entière délivrance où on est exempt de tous maux, il ne fuyait aucun danger, il ne craignait aucun supplice et quand il aurait pu mourir mille fois, il ne croyait pas que ce fut encore assez pour se rendre digne de cette souveraine félicité

Bréviaire romain, MatinesLeçons 7 à 9 des Matines

Lecture de l’Évangile selon Saint Luc

(Lc 14:26-33)

En ce temps-là, Jésus dit au peuple : Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et le reste.

Homélie de Saint Grégoire, Pape

(Homélie 37 sur l’Évangile)

Si nous considérons, mes très chers frères, combien les choses qui nous sont promises dans le ciel sont grandes et sont excellentes, tout ce que nous possédons sur la terre paraîtra vil et méprisable à notre esprit. Parce que les biens de ce monde en comparaison de ceux du ciel, sont plus un fardeau pesant qu’un soulagement et un secours. Car si l’on compare la vie temporelle à l’éternelle, elle mérite le nom de mort plutôt que de vie, puisque la défaillance continuelle de cette chair corruptible, n’est à proprement parler qu’une longue mort. Mais au contraire, quelle langue peut exprimer et quel esprit peut comprendre combien sont excellentes les joies de la céleste cité ; et quelle est la félicité d’entrer en société avec les saints anges, d’être témoin de la gloire ineffable du Créateur avec tous ces esprits bienheureux, de contempler le visage de Dieu, de voir cette lumière divine dont les rayons s’étendent à l’infini, de n’être plus en état de craindre la mort et de jouir heureusement du don d’une éternelle incorruptibilité ?

Quand on entend parler de ces biens sublimes, l’esprit s’émeut et il souhaiterait habiter déjà en cette demeure où il espère d’être heureux éternellement. Mais on ne parvient point à de grades récompenses sans de grands travaux, ce qui fait dire à Saint Paul, cet admirable prédicateur, que celui qui combat n’est point couronné qu’après avoir bien combattu. Que l’esprit donc considère avec tant de joie la grandeur de le récompense qui lui est proposée, mais qu’il ne se décourage pas dans la vue de la peine et de la fatigue du combat. C’est pourquoi la Vérité dit elle-même dans cet Évangile à ceux qui vont à elle : « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs et plus encore sa propre vie, il ne peut être mon disciple. »

Mais il est bon d’examiner en ce lieu comment il nous est commandé d’avoir de la haine pour nos parents, puisqu’il nous est ordonné d’aimer nos ennemis mêmes. D’ailleurs Jésus-Christ qui est la Vérité même dit en parlant de la femme : « Que l’homme ne sépare point ce que Dieu a joint ensemble. » Et Saint Paul recommande aux hommes d’aimer leurs femmes, comme Jésus-Christ aime Son Église. Comment donc le disciple recommande-t-il d’aimer sa femme après que son maître a déclaré que si l’on ne hait sa femme, l’on ne peut être son disciple ? Comment celui qui lit la sentence du Juge, la lit-il autrement que le Juge ne l’a prononcé ? Et pouvons-nous en même temps aimer et haïr les mêmes personnes ? Oui certes, nous pouvons le faire, si nous avons soin de bien distinguer les choses et si nous concevons comme il le faut la vertu et l’esprit du commandement. Car de cette force nous aimerons simplement nos parents et notre prochain mais en même temps nous méconnaitrons tous ceux qui s’opposent à notre course dans la voie de Dieu, jusqu’à les haïr et à nous en éloigner.

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