Bréviaire romain · Matines · 12 février
Ss. Septem Fundatorum Ordinis Servorum B. M. V.
Bréviaire romain, MatinesLeçons 4 à 6 des Matines
Au treizième siècle, tandis que le schisme funeste de Frédéric II et de cruelles factions déchiraient les régions les plus cultivées de l’Italie, la providence miséricordieuse de Dieu, parmi d’autres hommes illustres par leur sainteté, suscita sept nobles Florentins, qui, unis dans la charité, devaient offrir un bel exemple d’amour fraternel. Ces hommes, à savoir : Bonfilio Monaldi, Bona- juneta Manetto, Manetto d’Antellos, Amédée de Amidéis, Uguccio Uguccioni, Sostène de Sosteneis et Alexis Fal- coniéri, la trente-troisième année de ce siècle, en la fête de l’Assomption, priant avec une ferveur exceptionnelle dans la réunion d’une pieuse confrérie d’hommes dite des Laudantes, la Mère de Dieu, apparut à chacun d’eux et les invita à embrasser un genre de vie plus saint et plus parfait. C’est pourquoi, après en avoir conféré avec l’Évêque de Florence, ces sept personnes, renonçant à la noblesse de leur rang et à leurs richesses, et s’étant revêtus d’un cilice sous des vêtements usés et très pauvres, se retirèrent à la campagne, dans une humble demeure, le huit septembre, pour inaugurer un genre de vie plus parfait et plus saint, au jour où la Mère de Dieu elle- même, venant parmi les mortels, avait commencé sa vie très sainte.
Dieu montra par un miracle combien ce plan de vie lui était agréable. En effet, peu de temps après, tandis que ces sept hommes mendiaient de porte en porte, par la ville de Florence, il arriva que tout à coup, la voix de petits enfants, parmi lesquels se trouvait saint Philippe Beniti, à peine dans son cinquième mois, les acclama Servites de la bienheureuse Marie, nom dont ils furent ensuite toujours appelés. C’est alors que, par crainte de l’affluence du peuple et par amour de la solitude, tous se réfugièrent dans un endroit retiré du mont Senar, et y commencèrent un genre de vie céleste. Ils vivaient en effet dans des cavernes, se contentant d’eau pure et de plantes ; ils mortifiaient leur corps par des veilles et d’autres austérités, et méditaient assidûment la passion du Christ et les souffrances de sa Mère si douloureusement affligée. Un jour de Vendredi-Saint qu’ils pratiquaient ces exercices avec plus d’ardeur, la bienheureuse Vierge elle-même leur apparut une seconde fois, leur montra l’habit sombre qu’üs devraient revêtir et leur déclara sa très grande satisfaction de les voir établir dans l’Église un nouvel Ordre régulier qui honorerait et répandrait le souvenir perpétuel des douleurs qu’elle-même endura au pied de la croix du Seigneur. Saint Pierre, illustre martyr de l’Ordre des Frères Prêcheurs, ayant appris ces faits à cause de ses relations familières avec ces saints hommes et aussi par une apparition particulière de la Mère de Dieu, les décida à constituer un Ordre régulier, sous le vocable de Servites de la bienheureuse Vierge, Ordre qui fut ensuite approuvé par le Pape Innocent IV.
Dans la suite, ces saints hommes, après s’être adjoint de nombreux compagnons, commencèrent à parcourir les cités et les bourgs de l’Italie, notamment de l’Étrurie, prêchant partout le Christ crucifié, apaisant les discordes civiles et rappelant une foule presque innombrable au sentier de la vertu. C’est non seulement en Italie* mais aussi en France* en Allemagne et en Pologne* qu’ils s’appliquèrent à leurs travaux évangéliques. Enfin, après avoir répandu au loin et abondamment la bonne odeur du Christ, devenus célèbres par de glorieux prodiges, ils quittèrent cette terre pour aller au Seigneur. Mais ceux qu’un même amour avait associés pendant la vie, par les liens de la religion et d’une vraie fraternité n’eurent* après leur mort, qu’un seul et même tombeau et devinrent ensemble, pour le peuple, l’objet d’une seule et même vénération. C’est pourquoi les Papes Clément XI et Benoît XIII confirmèrent le culte qui, depuis plusieurs siècles, les honorait d’une seule et même invocation, et Léon XIII, après avoir approuvé les miracles obtenus par cette invocation collective, au titre de Vénérables, leur décerna les honneurs des Saints, en la cinquantième année de son sacerdoce, et régla, qu’en leur mémoire* un Office et une Messe seraient célébrés chaque année dans toute l’Église.