Bréviaire romain · Matines · Avent
Dominica III Adventus
Sermon de saint Léon, Pape.Leçons 4 à 6 des Matines
(Sermo 2 de jejúnio décimi mensis et collectis)
Nous vous avertissons publiquement, mes très chers frères, et avec une sollicitude pastorale d’observer le jeûne du dixième mois. Le temps où nous sommes et la coutume de notre dévotion nous y engagent. Par ce jeûne, qu’on célèbre lorsque la récolte de tous les fruits de la terre est terminée, on offre à Dieu, qui nous a donné ces fruits, un très juste sacrifice de continence. En effet, que peut-il y avoir de plus utile que le jeûne ? Par son observance, nous nous approchons de Dieu, et, résistant au démon, nous surmontons les attraits des vices.
Le jeûne a toujours été un aliment pour la vertu. L’abstinence produit les pensées chastes, les résolutions sages, les conseils salutaires ; et, par les mortifications volontaires, la chair meurt à ses convoitises, tandis que l’esprit reçoit une nouvelle vigueur pour pratiquer les vertus. Mais, parce que le salut de nos âmes ne s’acquiert pas uniquement par le jeûne, ajoutons au jeûne, des œuvres de miséricorde envers les pauvres. Faisons servir à la vertu ce que nous retranchons à la sensualité, et que l’abstinence de celui qui jeûne devienne le repas du pauvre.
Appliquons-nous à la défense des veuves, à l’assistance des orphelins, à la consolation de ceux qui pleurent : occupons-nous de pacifier ceux qui se querellent. Que l’étranger reçoive l’hospitalité ; secourons l’opprimé, donnons des vêtements à ceux qui sont nus ; environnons le malade de nos soins et de nos sollicitudes ; pour que tous ceux d’entre nous qui, par ces bonnes œuvres, auront offert à Dieu, l’auteur de tous les biens, un sacrifice de piété, méritent de recevoir de lui, en récompense, le royaume des cieux. Jeûnons donc mercredi et vendredi prochains ; et samedi, veillons ensemble dans l’église du bienheureux Apôtre saint Pierre, afin qu’aidés du suffrage de ses mérites, nous puissions obtenir ce que nous demandons, par notre Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
Homélie de saint Grégoire, Pape.Leçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Jean.
(Joannes 1:19-28)
En ce temps-là : es Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites à Jean pour lui demander : Qui êtes-vous ?. Et le reste.
Homélie de saint Grégoire, Pape.
(Homilia 7 in Evangelia)
Les paroles qu’on vient de nous lire, mes très chers frères, portent notre attention sur l’humilité de saint Jean. Lui, dont la vertu était si grande qu’on avait pu croire qu’il était le Christ, il préféra demeurer simplement et inébranlablement en son propre rôle et ne pas être vainement élevé dans l’opinion des hommes au-dessus de lui-même. Car il le déclara et ne le nia point ; il le proclama : « Je ne suis pas, moi, le Christ. » En disant : « Je ne le suis pas », il a clairement nié qu’il fût ce qu’il n’était pas ; mais il n’a pas nié être ce qu’il était, afin que, parlant selon la vérité, il devînt membre de celui dont il ne voulait pas usurper fallacieusement le nom. Parce qu’il ne veut pas chercher à prendre le nom de Christ, il est fait membre du Christ. Tandis qu’il s’étudie à reconnaître humblement sa propre faiblesse, il mérite de participer véritablement à la grandeur du Christ.
Mais, quand revient à l’esprit une autre parole de notre Rédempteur, les expressions que nous venons de lire soulèvent une question très compliquée. En effet, dans un autre endroit, le Seigneur, interrogé par ses disciples au sujet de l’avènement d’Élie, répondit : « Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas connu ; mais ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu : et, si vous voulez le savoir, Jean lui-même est Élie. » — Jean, cependant, étant interrogé, dit : « Je ne suis point Élie. » Comment se fait-il, mes frères, que la Vérité affirme une chose et que le Prophète de la Vérité la nie ? Car il y a opposition complète entre ces expressions : « Il est », et, « Je ne suis pas. » Comment donc est-il le Prophète de la Vérité, fil n’est pas d’accord avec les paroles de cette même Vérité ?
Mais si l’on cherche à approfondir la vérité, on découvre comment ce qui paraît contradictoire ne l’est point. Car l’Ange, parlant de Jean, dit à Zacharie : « Il marchera devant Lui, dans l’esprit et la vertu d’Élie, » L’Ange parla de Jean, comme devant venir dans l’esprit et la vertu d’Élie, parce que, de même qu’Élie préviendra le second avènement du Seigneur, Jean a prévenu le premier ; et, comme celui-là sera le précurseur du Juge, celui-ci a été le précurseur du Rédempteur. Jean était donc Élie en esprit ; il ne l’était pas en personne. Ainsi ce que le Seigneur affirme de l’esprit, Jean le nie de la personne.