Bréviaire romain · Matines · Temps pascal
Patrocinii St. Joseph Confessoris Sponsi B.M.V. confessoris
Sermon de Saint Berardin de SeinneLeçons 4 à 6 des Matines
(Sermo 1 de S. Joseph)
C’est une règle universelle pour toutes les grâces accordées à quelque créature raisonnable : lorsque la bonté divine choisit quelqu’un pour l’honorer d’une grâce singulière ou l’élever à un état sublime, toujours elle accorde à cet élu tous les dons qui sont nécessaires à sa personne et à l’accomplissement de sa mis-sion.et elle l’orne libéralement de ces dons. Ce principe s’est surtout vérifié en saint Joseph, père putatif de notre Seigneur Jésus-Christ, et véritable époux de la Reine du monde, de la Souveraine des Anges. Choisi par le Père éternel pour être le fidèle nourricier et le gardien de ses plus grands trésors, c’est-à-dire de son Fils et de son épouse, il s’est acquitté très fidèlement de son office. Aussi le Seigneur lui a dit : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Seigneur. »
Si vous considérez saint Joseph par rapport à toute l’Église du Christ, n’est-il point cet homme choisi et doué d’une prérogative unique, sous la garde duquel le Christ a été placé à son entrée dans le monde, et dont Dieu s’est servi pour sauvegarder l’ordre et l’honneur de cette naissance divine ? Si donc l’Église entière est redevable à la vierge mère, puisque c’est par Marie qu’elle a été rendue digne de recevoir le Sauveur, sans aucun doute, après Marie, l’Église doit une reconnaissance et une vénération singulières à saint Joseph. Il est comme la clef de l’ancien Testament, car c’est en lui que le mérite des Patriarches et des Prophètes a atteint le terme de ses espérances. Seul il possède réellement ce que la bonté divine promit à ces justes des temps anciens Il est donc figuré avec raison par ce Patriarche Joseph, qui conserva le froment aux peuples. Cependant il le surpasse, car il a fait plus que fournir aux Égyptiens le pain de la vie matérielle ; en nourrissant Jésus avec un soin très vigilant, il a procuré à tous les élus, le pain du ciel, qui donne la vie céleste.
Assurément il ne faut point douter que le Christ, se comportant envers Joseph comme un fils envers son père, n’ait conservé dans les cieux, ou plutôt n’ait augmenté et consommé la familiarité, le respect et la dignité très sublime qu’il lui avait accordés pendant sa vie terrestre. C’est donc avec raison que, dans la parole divine citée plus haut, le Seigneur ajoute : « Entre dans la joie de ton Seigneur ». Bien que la joie de l’éternelle béatitude entre dans le cœur de l’homme, néanmoins le Seigneur a préféré dire : « Entre dans la joie », pour insinuer mystérieusement que cette joie n’est pas seulement en lui, mais qu’elle l’enveloppe de tous côtés, l’absorbe et le submerge comme un abîme sans fond. Souvenez-vous donc de nous, ô bienheureux Joseph, intercédez pour nous par le suffrage de votre prière, auprès de celui qui a passé pour votre fils ; et en même temps rendez-nous propice votre épouse, la bienheureuse Vierge mère de celui qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne dans tous les siècles. Amen.
Homélie de saint Augustin, Évêque.Leçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Luc.
(Luc 3:21-23)
En ce temps-là : Il arriva que, tout le peuple recevant le baptême, Jésus ayant aussi été baptisé, comme il priait, le ciel s’ouvrit. Et le reste.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
(Liber 2 de Consensu Evang.)
Il est évident que si l’Évangéliste saint Luc emploie cette locution : « Comme on le croyait, fils de Joseph », c’est à cause de ceux qui pensaient que Jésus-Christ était issu de Joseph à la façon des autres hommes. Quant à ceux qui sont surpris que saint Matthieu, en descendant de David jusqu’à Joseph, et saint Luc, en remontant de Joseph jusqu’à David, donnent à Jésus-Christ des ancêtres différents, if leur est facile de remarquer que Joseph a pu avoir deux pères, celui qui l’avait engendré et celui qui l’avait adopté. C’était un antique usage, même chez le peuple de Dieu, que ceux qui n’avaient point d’enfants en adoptaient, et l’on peut en conclure que saint Luc a nommé comme père de Joseph, non pas celui qui l’avait engendré, mais celui qui l’avait adopté, et ce sont les aïeux de ce père adoptif qu’il énumère dans son Évangile en remontant de Joseph à David.
En effet, comme nous sommes obligés d’admettre la véracité des deux Évangélistes saint Matthieu et saint Luc, d’admettre en conséquence que l’un dresse la généalogie du père naturel de Joseph et l’autre celle de son père adoptif, lequel des deux a dû tracer plus probablement la généalogie du père adoptif ? N’est-ce pas celui qui n’a point voulu dire que Joseph avait été engendré par celui qu’il lui donne pour père ? Or saint Matthieu disant : « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob ; » et continuant à employer ce même verbe engendrer .jusqu’à ce qu’il ait dit enfin : « Jacob engendra Joseph, » montre assez par là qu’il a suivi la ligne des ancêtres directs de Joseph, et a nommé le père qui l’avait engendré et non pas adopté.
Mais supposons même que saint Luc ait dit que Joseph avait été engendré par Héli, cette expression ne devrait point nous troubler et nous empêcher de croire que l’un des deux Évangélistes a mentionné le père naturel de Joseph, et l’autre son père adoptif. On peut dire, en effet, sans absurdité, que celui qui adopte un fils l’engendre, non selon la chair, mais par l’affection qu’il lui porte. C’est ainsi que Dieu, en nous donnant le pouvoir de devenir ses enfants, ne nous a pas engendrés de sa nature et de sa substance comme son Fils unique, mais nous a adoptés par amour .
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