Bréviaire romain · Matines · Temps pascal
Dominica III post Pascha
Sermon de saint Augustin ÉvêqueLeçons 4 à 6 des Matines
(Sermon 147 du Temps)
Durant ces jours consacrés à la résurrection du Seigneur, autant qu’il nous en donnera le pouvoir, parlons de la résurrection de la chair. Elle est l’objet de notre foi ; ce don vous a été promis dans la chair de Notre Seigneur Jésus-Christ et c’est en lui que nous en a été donné l’exemple. Il a voulu en effet non seulement nous annoncer à l’avance ce qu’il a promis pour la fin, mais encore le manifester. Ceux qui existaient alors, lorsqu’ils le virent, furent stupéfaits, crurent qu’ils voyaient un esprit et touchèrent la consistance d’un corps. Il a parlé non seulement par des paroles à leurs oreilles, mais encore par son aspect à leurs veux. Et c’eût été peu de se faire voir, s’il ne s’était encore offert à toucher et à palper.
Il leur dit : Pourquoi êtesvous troublés, et pourquoi cette agitation de pensées s’ élève-t-elle en votre coeur ? Ils croyaient voir un esprit. Pourquoi êtes-vous troublés, dit-il, et pourquoi cette agitation de pensées s’élève-t-elle en votre coeur ? Voyez mes mains et mes pieds y touchez et voyez. Un esprit n'a pas d'os et de chair, comme vous voyez que j'en a il. Contra cette évidence, ces hommes discutaient. Que peuvent faire des hommes, ayant le goût des choses humaines, si ce n'est discuter ainsi de Dieu contre Dieu ? Celui-ci est Dieu, ceux-là sont hommes. Mais Dieu connaît les pensées des hommes et qu'elles sont vaincs.
Chez l'homme charnel, tout ce qui règle l’intelligence, c’est ce qu’il a coutume de voir. Ce qu’ils ont coutume de voir, ils le croient ; ce qui est inaccoutumé, ils ne le croient pas. Dieu fait des miracles contraires à ce qu’on voit d’habitude, car il est Dieu. En vérité, la naissance, chaque jour, de tant d’hommes qui n’existaient pas, est une plus grande merveille que la résurrection de quelques hommes qui existaient ; et pourtant ces merveilles de la naissance ne sont pas prises en considération. Leur fréquence en a fait une banalité. Le Christ est ressuscité ; la chose est certaine. Il était corps, il était chair, il a été pendu à la croix, il a rendu son âme, sa chair a été déposée dans le sépulcre. Or il a montré cette chair vivante, lui qui vivait en elle. Pourquoi s’étonner ? Pourquoi ne pas croire ? Il est Dieu, celui qui a fait cela.
Homélie de saint Augustin EvêqueLeçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Jean
(Jean 16:16-22)
En temps-là, Jésus dit à ses disciples : Un peu de temps et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me reverrez ; parce que je vais au Père. Et le reste.
Homélie de saint Augustin Evêque
(Traité 101 sur Jean> vers la fin)
En peu de temps est tout l’espace que traverse au vol le siècle présent. C’est pourquoi c’est ce même Evangéliste qui dit dans son Épître : Voici Vheure dernière. C’est pourquoi il ajoute : Parce que je vais au Père, ce qu’il faut rapporter à la première phrase où il dit : Un peu de temps et vous ne me verrez plus> et non à la suivante où il dit : E t encore un peu de temps et vous me reverrez. S’en allant au Père, il allait se soustraire à leur vue. Cela ne veut pas dire cependant qu’il devait mourir et qu’il disparaîtrait à leurs regards jusqu’à ce qu’il ressuscitât, mais qu’il devait aller au Père, ce qu’il fit après sa résurrection, quand il monta au ciel, après avoir vécu avec eux pendant quarante jours.
Il leur dit donc : Un peu de temps et vous ne me verres plusy alors qu’ils le voyaient corporellement ; parce qu’il était sur le point d’aller au Père, et ils ne devaient plus le voir de nouveau comme mortel, tel qu’ils le voyaient alors qu’il leur disait cela. Quant à ce qu’il ajouta : Et encore un peu de temps, et vous me reverrez, c’est à toute l’Église qu’il l ’a promis, comme c’est à toute l’Église qu’il fit cette promesse : Voici que je suis avec vous jusqiéà la consommation du siècle. Le Seigneur ne retardera pas la réalisation de sa promesse. Encore un peu de temps et nous le verrons, et là nous ne demanderons plus rien, nous n’interrogerons plus en rien, parce qu’il ne restera plus rien à désirer et plus rien à apprendre de caché.
Ce peu de emps paraît long, parce qu’il dure encore ; quand il sera fini, alors nous comprendrons combien il fut court. Que notre joie ne soit donc pas comme celle du monde dont il est dit : Le monde se réjouira. Et pourtant, dans l’enfantement de ce désir, ne soyons pas tristes sans joie ; mais, comme dit l’Apôtre, soyons joyeux par l'espérance, patients dans la tribulation1, car celle-là même qui enfante, et à qui nous sommes comparés, se réjouit plus de l’enfant qui va bientôt naître, qu’elle n’est triste de la souffrance présente. Mais finissons ici ce discours ; les paroles qui suivent soulèvent une question très difficile. On ne doit pas les résumer brièvement, mais se réserver la possibilité de les expliquer plus commodément, si Dieu le veut.
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