Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · Temps après la Pentecôte

Feria Sexta infra octavam Corporis Christi

Du sermon de saint Thomas d’Aquin.Leçons 4 à 6 des Matines

(Du même opuscule 57)

Il convient donc à la dévotion des fidèles de célébrer solennellement l’institution d’un Sacrement si salutaire et si admirable, afin de vénérer le mode ineffable de la présence divine sous un Sacrement visible, afin de louer la puissance de Dieu opérant tant de merveilles dans un même Sacrement ; et aussi afin de rendre à Dieu, pour un bienfait si salutaire et si suave, les actions de grâces qui lui sont dues. Mais, bien qu’au jour de la Cène, où, comme on le sait, ce Sacrement fut institué, il soit fait une mention spéciale de son institution dans la Messe, néanmoins tout le reste de l’Office de ce jour se rapporte à la passion du Christ, que l’Église est alors occupée à vénérer.

Afin donc que le peuple fidèle honorât l’institution d’un si grand Sacrement par l’Office tout entier d’un jour solennel, le Pontife romain Urbain IV, pénétré de dévotion envers ce Sacrement, a pieusement ordonné que le premier jeudi après l’Octave de la Pentecôte, la mémoire de cette institution dont nous avons parlé fût célébrée par tous les fidèles ; donnant ainsi à ceux qui usent pour leur salut de ce Sacrement pendant tout le cours de l’année, le moyen d’honorer spécialement son institution au temps même où l’Esprit Saint, éclairant les cœurs des fidèles, leur en donnait une pleine connaissance. Car ce fut aussi dans ce temps-là que les fidèles commencèrent à fréquenter ce Sacrement.

Et, pour qu’en cette Fête et pendant l’Octave qui la prolonge, on fasse plus dignement mémoire de cette institution salutaire, pour donner plus d’éclat à la solennité, au lieu de ces distributions matérielles que reçoivent dans les églises cathédrales ceux qui sont présents aux Heures canoniales, nocturnes et diurnes, le Pontife romain dont nous avons parlé, déployant une libéralité apostolique, enrichit de largesses spirituelles tous ceux qui assisteraient en personne aux dites Heures, en vue d’attirer à la solennité d’une si grande fête, un plus avide et plus nombreux concours de fidèles.

Homélie de saint Augustin, ÉvêqueLeçons 7 à 9 des Matines

Lecture du saint Évangile selon saint Jean.

(Jn 6:56-59)

En ce temps-là : Jésus, dit aux Juifs : Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Et le reste.

Homélie de saint Augustin, Évêque

(Traité 27 sur S. Jean)

Nous avons entendu, dans l’Évangile, les paroles du Seigneur faisant suite à celles que notre dernier discours eut pour sujet. Vos esprits, plus encore que vos oreilles, en attendent l’explication, et cette explication ne peut manquer de vous être agréable aujourd’hui. Car il est question du corps du Seigneur, qu’il promettait de donner à manger pour la vie éternelle. Or, c’est afin d’établir jusqu’où irait cette communication, ce don de lui-même, en quelle manière il donnerait sa chair à manger, qu’il a dit : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Le signe que le fidèle a mangé et qu’il a bu, le voici : Si le Christ demeure en lui, et lui dans le Christ ; si le Christ habite en lui, et lui dans le Christ ; s’il adhère au Christ, au point de n’en être pas détaché.

Voilà donc l’enseignement et la leçon qu’il nous donne par ces paroles pleines de mystère, c’est que nous devons faire partie de son corps, être de ses membres, soumis à lui comme à notre chef, et manger sa chair, sans jamais nous séparer de son unité. Mais un grand nombre de ceux qui étaient présents ne comprirent point et se scandalisèrent, car entendant ces choses, ils ne concevaient rien que de charnel, étant charnels eux-mêmes. Or l’Apôtre dit, et c’est la vérité : « Juger selon la chair, c’est la mort. » Le Seigneur nous donne sa chair à manger ; et juger selon la chair, c’est la mort. Lorsqu’il dit de sa chair que la vie éternelle s’y trouve, il ne faut donc pas que nous jugions de sa chair selon la chair, que nous soyons semblables à ceux dont l’Évangile ajoute : « Plusieurs » non de ses ennemis, mais « de ses disciples l’ayant entendu, dirent : Cette parole est dure, et qui peut l’écouter ? »

Si cette parole parut dure à ses disciples, quelle impression dut-elle faire sur ses ennemis ? Et cependant le Sauveur devait s’exprimer ici de manière à n’être point compris de tous. Le secret de Dieu doit nous faire attentifs, non pas hostiles. Mais la foi de ces disciples défaillit en entendant le Seigneur Jésus-Christ tenir un tel langage. Ils ne crurent pas qu’il énonçait quelque chose de grand, et que ses paroles voilaient une grâce nouvelle ; mais ils les entendirent à leur gré et d’une façon tout humaine, pensant que Jésus était capable, ou que Jésus avait dessein de distribuer, comme par morceaux, à ceux qui croiraient en lui, la chair dont le Verbe s’était revêtu. « Cette parole est dure, dirent-ils, et qui peut l’écouter ? »

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