Bréviaire romain · Matines · Temps après la Pentecôte
Sabbato infra octavam Corporis Christi
Sermon de saint Jean Chrysostome.Leçons 4 à 6 des Matines
(Homélie 61 au peuple d’Antioche)
Il est nécessaire d’apprendre, mes bien-aimés, à connaître la merveille de nos saints Mystères, ce qu’elle est, sa fin et son utilité. « Nous devenons un seul corps, est-il dit, des membres formés de sa chair et de ses os » [20]. Nous qui sommes initiés, observons ce qui est dit. Afin donc de le devenir, non par la charité seulement, mais dans la réalité même, unissons-nous intimement à cette chair ; ce qui a lieu au moyen de la nourriture que Jésus-Christ nous a donnée, voulant nous montrer l’ardent amour qu’il a pour nous. Car il s’est uni lui-même à nous, il a confondu son corps avec le nôtre, de façon que nous soyons une seule chose avec lui tel qu’est un corps joint à son chef : et c’est là le fait de ceux qui aiment ardemment.
Revenons donc de cette table comme des lions respirant le feu, devenus terribles au démon, nous occupant dans notre esprit de notre chef et de l’amour qu’il a montré envers nous. Parfois, les parents confient à d’autres leurs enfants pour les nourrir ; pour moi, dit Jésus-Christ, je n’agis pas ainsi, mais je fais de ma chair un aliment, je me donne moi-même à vous en nourriture, voulant que vous soyez tous généreux, et vous offrant la bonne espérance des choses futures. Et, en effet, moi qui me suis livré ici moi-même à vous, je le ferai beaucoup plus dans l’avenir. J’ai voulu devenir votre frère, j’ai pris une chair et un sang communs avec vous, à cause de vous : je vous livre à mon tour cette chair même et ce sang, par lesquels je suis devenu votre proche.
Étant donc en possession de pareils biens, veillons sur nous, bien-aimés frères. Et lorsque nous serons sur le point de prononcer une parole inconvenante ou que nous nous sentirons emportés soit par la colère, soit par tout autre vice semblable, considérons de quels biens nous avons été faits dignes, et que cette réflexion réprime nos mouvements déraisonnables. Aussi souvent donc que nous participons à ce corps, aussi souvent que nous goûtons ce sang, rappelons-nous que celui qui pénètre en nous est le même que les Anges adorent, assis au plus haut des cieux, à la droite invincible du Père. Malheur à moi ! Que de voies pour aller au salut ! Il nous a faits son corps, il nous a communiqué son corps ; et rien de tout cela ne nous détourne du mal.
Homélie de saint Augustin, Évêque.Leçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Jean.
(Jn 6:56-59)
En ce temps-là : Jésus, dit aux Juifs : Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Et le reste.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
(Traité 27 sur S. Jean, avant le milieu)
Nous l’avons dit, mes frères, ce que le Seigneur nous recommande lorsque nous mangeons sa chair et buvons son sang, c’est que nous demeurions en lui et qu’il demeure en nous, Or, nous demeurons en lui lorsque nous sommes ses membres ; il demeure en nous, lorsque nous sommes son temple. Mais pour que nous soyons ses membres, il faut que l’unité nous joigne à lui ; et cette union étroite, qui la fait, sinon la charité ? Et d’où vient la charité de Dieu ? Interroge l’Apôtre : « La charité de Dieu, répond-il, a été répandue en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. »
« C’est donc l’esprit qui vivifie », car c’est l’esprit qui communique la vie aux membres ; mais il ne peut les rendre vivants qu’à la condition de les trouver unis au corps dont il est la vie. En effet, ô homme, l’esprit qui est en toi et qui fait que tu es un homme, peut-il donner la vie à un membre séparé de ton corps ? Ce que j’entends par ton esprit, c’est ton âme : or, ton âme ne vivifie que les membres unis à ton corps ; si tu en retranches un, il n’est plus vivifié par ton âme, parce qu’il a cessé de faire partie de l’unité de ton corps.
Je vous parle ainsi, pour vous faire aimer l’unité et craindre la division. Un Chrétien ne doit rien tant redouter que d’être séparé du corps du Christ ; s’il se sépare du corps de Jésus-Christ, il n’est plus du nombre de ses membres ; et s’il ne fait plus partie de ses membres, il n’est plus vivifié par son Esprit. « Or, dit l’Apôtre, celui qui n’a point l’Esprit du Christ, celui-là n’est point à lui. » « C’est donc l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien : or les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » Elles sont esprit et vie, que signifie cela ? Qu’il faut les entendre dans un sens spirituel. Les as-tu entendues spirituellement ? « Elles sont esprit et vie » ; les as-tu comprises d’une manière charnelle : elles sont encore « esprit et vie », mais elles ne le sont pas pour toi.
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