Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · Carême et Passion

Dominica I in Quadragesima

Sermon de saint Léon PapeLeçons 4 à 6 des Matines

(Sermon 4 sur le Carême)

Mes biens-aimés, ayant à vous prêcher le grand jeûne, le plus saint, quel meilleur début choisirai-je, que de commencer par les paroles de l’Apôtre en qui le Christ parlait, et de dire ce qu’on a lu : Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut ? A la vérité, il n’est aucune époque qui ne soit pleine des bienfaits divins, et toujours, à la miséricorde de Dieu, sa grâce elle-même nous prépare un accès. Mais maintenant tous les cœurs doivent apporter plus d’application à leur progrès spirituels et s’y exciter avec une plus large confiance, puisque nous sommes invités à tous nos devoirs de piété, par le retour du jour de notre rédemption, pour que le sacrement de la passion du Seigneur, plus excellent que tout, soit par nous célébré avec des corps et des esprits purifiés.

On devait, en vérité, à de si grands mystères, une dévotion continuelle, une révérence ininterrompue et telle que, devant Dieu, nous demeurions en l’état où il convient de nous trouver en la fête même de Pâques. Mais cette constance est le fait d’un petit nombre ; la fragilité de la chair met du relâchement dans l’observance d’une telle austérité, et à travers les occupations variées de cette vie où se détend notre attention, il est inévitable que même les cœurs religieux se souillent de la poussière du monde. C’est à ce grand besoin de purification qu’a pourvu la divine institution d’un exercice de quarante jours, pendant lesquels nous renouvelons la pureté de nos âmes, en rachetant par des oeuvres pies les fautes des autres temps et en les consumant en des jeûnes faits en toute pureté d’intention.

Donc, mes bien-aimés, à l’entrée de ce temps mystique et plus saintement réservé à la purification des âmes et des corps, ayons soin d’obéir aux préceptes apostoliques, en nous débarrassant de toute souillure de la chair et de l’esprit ; réprimons les luttes qui existent entre l’une et l’autre substance et que Pâme, qui est établie sous le gouvernement de Dieu et doit être la directrice de son corps, conquière la dignité de sa souveraineté, afin que, ne donnant de scandale à personne, nous ne soyons pas exposés aux reproches des contradicteurs. Car nous mériterons la censure du blâme des infidèles et les langues impies s’armeront de nos défauts pour injurier la religion, si les mœurs des jeûneurs ne correspondent pas à la pureté d’une parfaite continence. Ce n’est pas en effet dans la seule abstinence de nourriture que consiste la perfection de notre jeûne, et c’est sans fruit qu’on enlève au corps la nourriture, si l’âme ne se détourne pas de l’iniquité.

Homélie de saint Grégoire PapeLeçons 7 à 9 des Matines

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu

(Matt 4:1-11.)

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit, pour être tenté par le diable. Et après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire Pape

(Homilia 16 in Evangelia)

Certains se demandent d’ordinaire quel esprit a conduit Jésus dans le désert, à cause de ce qui se lit ensuite : Le diable remporta dans la cité sainte et encore : il remporta sur une montagne très élevée. Mais en vérité et sans aucune hésitation, il convient d’accepter cette croyance qu’il a été conduit dans le désert par le Saint-Esprit, de sorte que son Esprit l’a conduit où l’esprit malin le trouverait pour le tenter. Mais voici qu’en entendant dire que le diable a emporté le Dieu homme, ou sur une haute montagne, ou dans la cité sainte, l’esprit refuse de le croire, les oreilles humaines s’effraient de l’entendre. Nous, cependant, nous savons que ces faits ne sont pas incroyables, si nous réfléchissons à d’autres faits de sa vie.

Surement, le diable est le chef de tous les méchants et, de ce chef, tous les méchants sont membres. Pilate n’a-t-il pas été membre du diable ? N’ont-ils pas été membres du diable, les Juifs qui poursuivirent et les soldats qui crucifièrent le Christ ? Quoi d’étonnant, s’il a laissé le diable le conduire sur la montagne, celui qui a supporté aussi que ses membres le crucifient ? Il n’est donc pas indigne de notre Rédempteur d’avoir voulu être tenté, étant venu pour se faire tuer. Précisément il était juste qu’il triomphât de nos tentations par ses tentations, de la même façon qu’il était venu par sa mort triompher de la nôtre.

Mais nous devons savoir que la tentation se réalise de trois manières : par suggestion, par délectation et par consentement. Pour nous, quand nous sommes tentés, d’ordinaire nous glissons dans la délectation ou même dans le consentement, car nés du péché de la chair1, nous portons jusqu’en nous-mêmes la cause des combats que nous endurons. Or Dieu qui, incarné dans le sein d’une Vierge, était venu sans péché dans le monde, n’endurait en lui- même aucune contradiction. Il a donc pu être tenté par suggestion, niais la délectation du péché n’a pas mordu sur son âme. Et c’est pourquoi toute cette tentation du démon n’a été qu’extérieure et non pas intérieure.

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