Bréviaire romain · Matines · Septuagésime
Dominica in Quinquagesima
Du livre de saint Ambroise Évêque sur le Patriarche AbrahamLeçons 4 à 6 des Matines
(Liber 1, cap 2)
C'est un homme vraiment grand qu’Abraham, glorieux par la parure de beaucoup de vertus, et que la philosophie n’a jamais pu égaler, même par ses aspirations ; car en somme l’idéal de ses rêves est au-dessous de ce que cet homme a fait, et la foi en la simple vérité est plus grande que l’ambitieux mensonge de l’éloquence. Considérons donc ce que fut la dévotion 1 dans cet homme. Car cette vertu tient le premier rang, en tant que fondement des autres, et c’est à bon droit que Dieu l’a exigée de lui tout d’abord en disant : Sors de ton pays et de ta parenté et de la maison de ton père. Il eût suffi de dire : De ton pays. Car c’était sortir en même temps de la parenté, sortir de la maison paternelle.
Mais si ces détails sont ajoutés, c’est pour prouver l’affection d’Abram : pour qu’il ne paraisse pas s’être engagé imprudemment ou qu’il n’y ait aucune surprise à redouter dans les ordres du ciel. D’autre part, de même qu’il convenait de charger les formules du précepte, pour que rien n’en fût ignoré, ainsi fallait-il proposer les récompenses, de façon à prévenir tout désespoir. Il est tenté en tant que fort, attiré en tant que croyant, appelé en tant que juste. Et Lot partit avec lui. Cela même qui est célébré comme grand, dans les aphorismes des sept sages : Suivre Dieu, Abraham l’a réalisé, il a fait d’avance ce qu’on dit les sages, il a suivi Dieu, en sortant de son pays.
Mais parce qu’auparavant, il avait eu un autre pays, le pays des Chaldéens, d’où était sorti Tharé, le père d’Abraham, pour émigrer à Haran, et parce qu’il a emmené avec lui son neveu, alors qu’il lui avait été dit : Sors de ta parenté, examinons si sortir de son pays ne voudrait pas dire sortir d’une certaine manière de la demeure de cette terre et de notre corps, dont Paul est sorti, lui qui a dit : Mais notre société, à nous, est dans les cieux.
Homélie de saint Grégoire PapeLeçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Luc
(Luc 18:31-43)
En ce temps-là, Jésus prit avec lui les douze et leur dit : Voici que nous montons à Jérusalem et que s’accomplira tout ce que les Prophètes ont écrit du Fils de l’homme. Et le reste.
Homélie de saint Grégoire Pape
(Homilia 2 in Evangelia)
Notre Rédempteur, prévoyant que sa Passion troublerait les cœurs de ses disciples, leur prédit longtemps d’avance la peine de cette passion et la gloire de sa résurrection, pour qu’en le voyant mourir comme il l’avait prédit, ils ne doutassent pas qu’il ressusciterait. Mais comme les disciples encore charnels ne pouvaient pas comprendre les paroles de cette annonce mystérieuse, il en vient à un miracle. Sous leurs yeux, un aveugle recouvra la lumière, pour que ceux qui ne comprenaient pas les paroles du mystère céleste fussent confirmés dans leur foi par des faits célestes.
Mais il faut recevoir les miracles de notre Seigneur et Sauveur, frères bien-aimés, de telle façon qu’en étant crus quant à la vérité du fait, ils nous apprennent quelque chose par leur signification. Car les œuvres du Seigneur, tout en instruisant par la puissance qui s’y déploie, nous disent encore autre chose, par leur signification mystique. En effet, ce qu’était historiquement cet aveugle, nous l’ignorons ; mais ce qu’il représente mystiquement, nous le savons. Cet aveugle, en vérité, c’est le genre humain expulsé des joies du paradis, avec notre premier père, ignorant les clartés de la lumière d’en haut et souffrant des ténèbres de sa damnation. Mais voici que, par la présence de son Rédempteur, il est illuminé, pour que déjà par le désir, il voie les joies de la lumière intérieure et que, dans la voie de la vie, il marche par les bonnes œuvres.
Il est à noter que l’aveugle est illuminé, quand on dit que Jésus approche de Jéricho, Or Jéricho signifie lune ; mais dans le langage de la Sainte Écriture, la lune représente la déficience de la chair, car en décroissant chaque mois, elle indique la vie défaillante de notre corps mortel. Ainsi donc, quand notre Créateur approche de Jéricho, l'aveugle revient à la lumière, parce qu'au jour où la divinité a pris avec elle notre chair défaillante, le genre humain a reçu la lumière qu’il avait perdue. Car, du fait que Dieu accepte de souffrir l’humain, l’homme est élevé jusqu’au divin. C’est à bon droit que l’aveugle nous est représenté assis le long du chemin et mendiant, car la Vérité nous dit elle-même : Je suis la voie.