Bréviaire romain · Matines · Septuagésime
Dominica in Sexagesima
Du livre de saint Ambroise Évêque sur Noé et l’ArcheLeçons 4 à 6 des Matines
(Cap. 4. circa med.)
On nous dit que le Seigneur fut irrité, car bien que Dieu eût pensé, c’est- à-dire eût su que l’homme, placé en ce bas monde et chargé du poids de la chair, ne peut être sans péché (car la terre est comme un lieu de tentation et la chair comme un appât de corruption), cependant les hommes ont un esprit doué de raison et une force d’âme infuse à leur corps, et ils avaient dû écarter toute réflexion, pour se précipiter dans une déchéance d’où ils ne voulaient pas revenir. Dieu ne pense point à la manière des hommes, en sorte qu’un sentiment nouveau puisse succéder pour lui à une opinion précédente, il ne s’irrite pas non plus comme s’il était sujet au changement ; mais ces expressions se trouvent dans l’Écriture afin de marquer la malice de nos péchés, qui a mérité la disgrâce divine. C’est comme si l’écrivain sacré nous disait que nos fautes sont montées jusqu’à un tel excès qu’elles ont même paru provoquer Dieu à la colère, tout incapable qu’il soit, par sa nature, d’être ému de colère, de haine ou de quelque autre passion.
De plus, Dieu menaee d’exterminer l’homme : « J’exterminerai, dit-il, depuis l’homme jusqu’aux animaux, depuis le reptile jusqu’aux oiseaux du ciel. » En quoi les créatures dépourvues de raison avaient- elles offensé Dieu ? Elles n’avaient point péché, mais comme elles étaient faites pourl 'homme, il était logique que leur destruction suivît celle de l’hcmme à cause de qui elles avaient été créées, du moment que celui-ci n’existerait plu3 pour s’en servir. Dans un sens plus élevé, ce passage nous manifeste ceci, que l’homme possède une intelligence capable de raison. L’homme se définit en effet un animal vivant, mortel et raisonnable. Quand ce qu’il y a de meilleur en l’homme vient à s’éteindre en lui, le sens s’éteint aussi ; il n’y a plus rien en lui à sauver, lorsque le fondement du salut, qui est la vertu, fait défaut.
C'est pour condamner les autres hommes et nous manifester la bonté divine, que l’Ecriture nous dit que Noé a trouvé grâce devant Dieu. On voit en même temps que l’homme juste n’est point noirci par les crimes des pécheurs, puisque Noé, loin de périr, est réservé pour être le père de toute une race. Il est loué, non pas à cause de la noblesse de sa naissance, mais à raison du mérite de sa justice et de sa sainteté. Ce qui fait la race de l’homme de bien, c’est la noblesse de ses vertus. Les familles humaines sont ennoblies par la noblesse de leur race, celle des âmes leur vient de leurs vertus. Une famille est illustre par la splendeur de sa race ; c’est l’éclat des vertus qui, de sa grâce, illustre les âmes.
Homélie de saint Grégoire PapeLeçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Luc
(Luc 8:4-15)
En ce temps-là, comme une grande foule accourait et se hâtait des villes vers Jésus, il dit en parabole : Un semeur sortit semer son grain. Et le reste.
Homélie de saint Grégoire Pape
(Homilia 15 in Evangelia)
La lecture du saint Évangile que vous avez entendue tout à l’heure, frères bien-aimés, n'a pas besoin d'être expliquée, mais d’être signalée à votre attention. Ce que la Vérité elle- même a exposé, la faiblesse humaine ne doit pas avoir la présomption de le discuter. Mais il y a dans l’explication que le Seigneur nous a donnée, une chose que nous devons considérer attentivement. Si nous vous disions que la semence signifie la parole de Dieu ; Je champ, le monde ; les oiseaux, les démons ; les épines, les richesses ; votre esprit hésiterait peut-être à nous croire. C’est pourquoi le Seigneur a daigné expliquer lui-même ce qu’il disait, afin que vous appreniez à chercher ce que signifient les choses qu’il n’a pas voulu éclaircir lui- même.
En expliquant ce qu'il venait de dire, Jésus-Christ nous a fait connaître qu’il avait parlé dans un sens figuré, de manière à nous donner pleine assurance, quand notre faiblesse nous découvrirait les figures que renferment ses paroles. Qui, en effet, m’eût jamais cru, si j’eusse dit de moi-même que les épines signifient les richesses ; d’autant que celles-là piquent tandis que celles-ci délectent ? Et néanmoins les richesses sont des épines, car elles déchirent l’esprit par les piqûres des soucis qu’elles donnent ; et lorsqu’elles nous entraînent jusqu’au péché, elles nous font pour ainsi dire une blessure sanglante. Aussi est-ce justement qu’en cet endroit, selon le témoignage d’un autre Évangéliste, le Seigneur ne les appelle pas simplement richesses, mais richesses fallacieuses.
Elles sont fallacieuses, puisqu’elles ne peuvent demeurer longtemps ; elles sont fallacieuses, puisqu’elles ne délivrent pas notre âme de son indigence. Or, il n’y a de véritables, parmi les richesses, que celles qui nous rendent riches de vertus. Si donc, mes très chers frères, vous désirez être riches, aimez les vraies richesses. Si vous cherchez à parvenir au faîte du véritable bonheur, tendez au royaume céleste. Si vous aimez la gloire et les dignités, travaillez sans délai à être admis dans la suprême assemblée des Anges. Gravez en votre esprit les paroles du Seigneur que vous entendez. Car la parole de Dieu est la nourriture de l’âme. Si elle ne demeure pas dans notre mémoire, quand nous 1’avons entendue, c’est comme l’aliment que rejette un estomac malade ; et certes l’on désespère de voir durer la vie de celui qui ne peut conserver aucune nourriture.