Bréviaire romain · Matines · Communs
Commun d’une Martyre non Vierge
Du livre de saint Ambroise, Évêque, sur les VeuvesLeçons 4 à 6 des Matines
(Vers la fin)
Je vois ce champ fertile de l’Église, tantôt fleurissant de la pureté des vierges, tantôt riche de la gravité des veuves, tantôt enfin débordant des fruits du mariage. Mais, bien que divers, ce sont les fruits d’un même champ : les lys des jardins ne sont pas si nombreux que les pointes des blés, les épis de la moisson, et plus nombreux sont les champs préparés pour les semailles, que ceux laissés en jachère, après avoir donné leurs fruits. Elle est donc bonne cette viduité tant de fois louée par l’Apôtre. Cette maîtresse de foi est en effet maîtresse de chasteté.
D’où ceux qui vénèrent les adultères et les impudicités de leurs dieux, ont puni le célibat et le veuvage, en sorte que, jaloux de voir le crime, ils mettaient à l’amende les gens désireux de vertus, sous prétexte, sans doute, de chercher la fécondité, mais avec le désir de détruire tout désir de la chasteté. En effet, son service achevé, le soldat dépose les armes, et laissant l’office qu’il remplissait, le vétéran est renvoyé à ses champs, afin de trouver, lui aussi, le repos d’une vie laborieuse, et d’inciter par là les autres à supporter, avec plus d’entrain, leurs travaux dans l’espoir du repos futur. Le laboureur, lui aussi, devenu âgé, confie à d’autres le soin de mener la charrue, et alourdi par les travaux de sa jeunesse, il vaque aux œuvres de prévoyance qui relèvent de la sollicitude du vieillard. Il est plus facile de tailler la vigne que d’être au pressoir : il la taille pour réprimer la luxuriante jeunesse du cep dont il émonde, à la serpette, les pousses d’une adolescence lascive, nous apprenant que, même à la vigne, il faut demander cette sorte de chasteté qu’est le petit nombre des bourgeons.
Semblable à ce vieux soldat est la veuve, sorte de vétéran, libérée du service de la chasteté conjugale. Si elle dépose les armes du mariage, elle gouverne cependant toute sa maison dans la paix. Si elle n’a plus à porter de fardeaux, elle veille à marier ses filles, où leur service sera plus utile, où le fruit en sera plus abondant, préparant avec l’autorité de l’âge, l’union la mieux assortie. Si donc on préfère confier une terre à des personnes mûres qu’à d’autres plus jeunes : pourquoi penser qu’une épouse est plus utile qu’une veuve ? Que si les persécuteurs de la foi sont aussi les persécuteurs de la viduité : c’est qu’elle doit être pour les croyants, non pas le supplice que l’on fuit, mais le privilège que l’on conserve.
Homélie de saint Grégoire, PapeLeçons 7 à 9 des Matines
Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu
(Mt 13:44-52)
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. Et le reste.
Homélie de saint Grégoire, Pape
(Homélie 11 sur l’Évangile)
Si le Seigneur, mes très chers frères, nous dépeint le royaume des cieux comme semblable à des objets terrestres, c’est pour que notre esprit s’élève, de ce qu’il connaît, à ce qu’il ne connaît pas. Qu’il se porte vers les biens invisibles par l’exemple des choses visibles, et, qu’excité par des vérités dont il a l’expérience, il s’enflamme de telle sorte, que l’affection qu’il éprouve pour un bien connu lui apprenne à aimer aussi des biens inconnus. Voici « que le royaume des cieux est comparé à un trésor caché dans un champ ; celui qui l’a trouvé, le cache, et à cause de la joie qu’il en a, il va et vend tout ce qu’il a, et il achète ce champ. »
Il faut remarquer dans ce fait, que le trésor une fois trouvé, on le cache afin de le conserver. C’est parce que celui qui ne met pas à l’abri des louanges humaines l’ardeur des désirs qu’il ressent pour le ciel, ne parvient pas à les défendre contre les malins esprits. Nous sommes, en effet, dans la vie présente comme dans un chemin par lequel nous nous dirigeons vers la patrie ; et les esprits malins infestent notre route, comme le feraient des voleurs. C’est vouloir être dépouillé que de porter un trésor à découvert sur le chemin. Je ne dis pas cela, néanmoins, pour empêcher que le prochain soit témoin de nos bonnes œuvres, selon ce qui est écrit : « Qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux », mais afin que nous ne recherchions pas, dans le motif qui nous fait agir, les louanges du dehors. Que l’action soit publique, mais que notre intention demeure cachée, pour que nous donnions ainsi à notre prochain l’exemple d’une bonne œuvre, et cependant que par l’intention que nous avons de plaire uniquement à Dieu, nous souhaitions toujours le secret.
Or, le trésor, c’est le désir du ciel, et le champ où est caché ce trésor, c’est une vie digne du ciel. Il vend bien tout ce qu’il a pour acheter ce champ, celui qui, renonçant aux voluptés charnelles, foule aux pieds tous ses désirs terrestres, par la pratique exacte de cette vie digne du ciel, en sorte que plus rien de ce qui flatte les sens ne lui plaise, et que son esprit ne redoute rien de ce qui détruit la vie charnelle.
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