Vox Traditionis

Bréviaire romain · Matines · Dimanches d’août à novembre

IVe dimanche d’août

Du livre des Morales de saint Grégoire, PapeLeçons 4 à 6 des Matines

(Livre I, chapitre 10, sur le chapitre 1 du Livre de Job)

Il y en a quelques-uns qui négligent de réformer leur vie. Dans leur désir passionné des biens qui passent, dans leur inintelligence des biens éternels ou le mépris de ce qu’ils en connaissent, ils ne souffrent pas de leur état et sont incapables d’un bon dessein. Sans considération des biens d’en haut qu’ils ont perdus, ils se croient heureux, pauvres gens, de posséder ceux d’ici-bas. Jamais ils n’élèvent le regard de leur esprit vers la lumière de la vérité pour laquelle ils ont été formés, jamais ils ne tendent la pointe de leur désir vers la contemplation de l’éternelle patrie. S’abandonnant aux jouissances où ils se sont jetés, ils aiment, au lieu de leur patrie, l’exil qui fait leur souffrance. Dans leur aveuglement dont ils s’accommodent, ils exultent comme s’ils étaient dans la clarté de la lumière.

Au contraire, les âmes des élus, voyant le néant des biens qui passent, recherchent ceux pour lesquels elles ont été créées. Et comme, hors de Dieu, rien n’a pu les satisfaire, leur pensée, fatiguée par le travail de son enquête, se repose dans l’espérance et la contemplation de leur Créateur, désire leur réunion aux citoyens du ciel. Retenu encore dans ce monde par les liens de la chair, chacun d’eux cependant se transporte en esprit au-delà de ce monde, déplore les misères de l’exil qu’il supporte, et ne cesse de tendre vers sa sublime patrie, s’excitant lui-même par les aiguillons de l’amour. Dans l’amère pensée que ce qu’il a perdu est éternel, il trouve la résolution salutaire de mépriser ce qui passe avec le temps. Et plus grandit la connaissance qui fonde son dessein de rompre avec les choses qui périssent, plus augmente sa tristesse de ne pas jouir encore des choses qui demeurent.

Il faut aussi observer qu’aucune peine de l’âme ne se mêle aux actions inconsidérées. En effet, celui qui vit sans réfléchir et qui s’abandonne en aveugle au hasard des événements, n’est jamais en proie au tourment des préoccupations. Mais celui qui, mieux avisé, applique son âme à raisonner sa conduite, s’observe et met de la prudence dans tous ses actes. De peur qu’une conséquence imprévue et fâcheuse ne résulte de la démarche qu’il veut faire, il tâte, pour ainsi dire, le terrain, en y posant doucement le pied de sa pensée. I pèse cette action, et par là il évite que la crainte ne le retienne, quand il faudrait agir, que la précipitation ne l’emporte, quand il y aurait lieu de différer, que le mal, par la concupiscence, ne le vainque dans une guerre ouverte, ou que le bien, à cause de la vaine gloire, ne lui devienne un piège qui le fasse trébucher.

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