Bréviaire romain · Matines · Dimanches d’août à novembre
IIe dimanche de septembre
Du Livre des Morales de Saint Grégoire le Grand, PapeLeçons 4 à 6 des Matines
(Livre 9, chapitre 2)
Assurément, dit Job, je sais qu’il en est ainsi, et que l’homme, si on le compare à Dieu, ne sera pas trouvé juste. En effet, l’homme qui paraît juste tant qu’on ne le met pas en parallèle avec Dieu perd cette apparence si l’on fait ce parallèle. Car quiconque se compare à l’auteur des biens, se prive du bien qu’il avait reçu. Quiconque s’attribue les biens qu’il a reçus, lutte contre Dieu avec ses propres dons. Aussi est-il juste que l’orgueilleux soit abattu par cela même qui exalte les humbles. Mais le saint homme Job sait bien, lui, que tout le mérite de notre vertu n’est que vice, si le juge intérieur le juge rigoureusement, et il ajoute avec raison : Si l’homme veut disputer avec Dieu, il ne pourra lui répondre une chose sur mille.
Le nombre mille, dans l’Écriture sainte, marque ordinairement l’universalité. Ainsi doit s’entendre ce que dit le Psalmiste : Il s’est souvenu de la parole qu’il a prescrite pour mille générations ; car il est certain que l’Évangéliste n’en compte pas plus de soixante-dix-sept, du commencement du monde à l’avènement du Rédempteur. Qu’exprimerait donc le nombre mille, s’il n’exprimait pas l’universalité complète de la génération divinement prédestinée à produire une race nouvelle ? D’où aussi cette parole de Jean : Et ils régneront avec lui pendant mille ans, puisque, évidemment, l’universalité parfaite achève d’établir le règne de la sainte Église.
Or, l’unité dix fois répétée produit la dizaine ; la dizaine multipliée par elle-même donne la centaine, qui, remultipliée par dix, arrive jusqu’à mille. Puisque nous commençons par un pour arriver à mille, que représente ici l’unité, sinon le commencement d’une bonne vie ? Et que représente la grandeur du nombre mille, sinon le terme parfait de cette bonne vie ? Mais entrer en discussion avec Dieu, c’est lui refuser et s’attribuer à soi-même le mérite de la vertu qu’on a. Or, que l’homme saint considère bien ceci : eût-on reçu déjà les dons les plus excellents, quand on s’en glorifie, on perd tous ces dons reçus.