Bréviaire romain · Matines · Dimanches d’août à novembre
Ve dimanche de septembre
Du Livre des Offices de S. Ambroise, ÉvêqueLeçons 4 à 6 des Matines
(Livre 3, chapitre 15)
Pourquoi la reine Esther s’offrit-elle à la mort et ne craignit-elle point la fureur d’un roi sans pitié, si ce n’est pour tirer son peuple du danger, ce qui était beau et honnête ? Le roi des Perses lui-même, inhumain et de cœur orgueilleux, jugea cependant qu’il était beau de marquer sa reconnaissance à qui lui avait fait connaître les embûches qui lui avaient été préparées, de délivrer ainsi de la servitude tout un peuple, de lui épargner la mort, mais au contraire de livrer à la mort celui qui lui avait suggéré des projets aussi honteux. Finalement, celui qu’il regardait comme son second et le principal de tous ses amis, il le livra au supplice de la croix, parce qu’il s’était reconnu déshonoré par les conseils trompeurs de cet ami.
(Chapitre 16)
En effet, l’amitié qui est louable, qui maintient l’honnêteté, il faut la préférer aux richesses, aux honneurs, à la puissance, mais il ne convient pas de la préférer à l’honnêteté, que l’on doit toujours pratiquer. Telle fut bien l’amitié de Jonathas qui, par dévouement à son ami, ne recula pas devant la peine faite à son père et le péril de sa propre vie. Telle fut celle d’Achimélech qui, pour être fidèle aux devoirs de l’hospitalité, jugea meilleur pour lui d’être mis à mort que de trahir un ami fugitif. On ne doit donc rien préférer à l’honnêteté, qui ne doit pas être sacrifiée à l’amitié, et pourtant l’Écriture aussi nous en avertit.
Il y a en effet sur ce sujet plusieurs questions posées par les philosophes : quelqu’un, pour son ami, doit-il oui ou non s’opposer à sa patrie, pour obéir à son ami ? Doit-il abandonner sa foi, pour accepter et rechercher les intérêts de l’ami ? L’Écriture, elle, dit ceci : « Massue, épée ou flèche enferrée, tel est l’homme qui porte faux témoignage contre son ami. » Mais remarque bien ce qu’elle affirme. Elle ne reproche rien à celui qui porte témoignage contre son ami, mais bien à celui qui porte un faux témoignage. Que faire en effet, si dans la cause de Dieu, si dans la cause de la patrie, quelqu’un est obligé de rendre témoignage ? L’amitié doit-elle l’emporter sur la religion, le vice sur la charité ?