Bréviaire romain · Matines · Dimanches d’août à novembre
Ier dimanche de novembre
Du Commentaire de saint Grégoire le Grand, Pape, sur le Prophète ÉzéchielLeçons 4 à 6 des Matines
(Livre 1, Homélie 2)
L’usage du langage prophétique est que l’on décrive d’abord la personne, le temps et le lieu, et qu’ensuite l’on commence à exposer les mystères de la prophétie, comme si, pour montrer plus solidement la vérité, le prophète fixait d’abord la racine de l’histoire, et mettait ensuite au jour les fruits spirituels, par des signes et des allégories. C’est pourquoi il indique quel était son âge, disant : « Et il arriva que, la trentième année, le cinquième jour du quatrième mois. » Marquant aussi le lieu, il ajoute : « Comme j’étais au milieu des captifs, près du fleuve Chobar, les cieux s’ouvrirent et je vis des visions divines. » Il indique même le temps, en précisant : « Le cinquième jour du mois, la cinquième année de la déportation du roi Joachin. » Et pour bien désigner la personne, il dit enfin quelle est sa famille en ajoutant : « Et la parole du Seigneur fut adressée à Ezéchiel, fils de Buzi, prêtre. »
Mais une première question se pose pour nous. Pourquoi le prophète, qui n’avait encore rien dit, débute-t-il ainsi en disant : « Et il arriva que la trentième année ? » Le mot ‘et’ est une conjonction, et nous savons que la parole qui la suit ne peut être liée par elle qu’à une parole qui précède. Comment donc celui qui n’avait rien dit écrit-il : « Et il arriva », puisqu’il n’y a pas de proposition à laquelle rattacher ce commencement ? Dans cette question, il faut considérer que les prophètes voient sensiblement les choses spirituelles, comme nous, nous voyons les choses corporelles. Pour eux elles sont présentes, ces choses qui, pour notre ignorance, semblent absentes. D’où il arrive que, dans l’esprit des prophètes, les impressions intérieures sont tellement liées aux extérieures qu’ils les perçoivent simultanément, et qu’en même temps se réalise en eux, et le verbe intérieur qu’ils entendent, et ce qu’ils disent au dehors.
On voit donc pourquoi celui qui n’avait encore rien dit commence en disant : « Et il arriva que la trentième année » : il joint le mot qu’il prononce au dehors au mot qu’il entend à l’intérieur. Il continue donc des paroles qu’il a proférées dans sa vision intime ; voilà pourquoi il commence en disant : « Et il arriva. » Il présente comme une continuation ce qui, dans le langage extérieur, est un commencement, comme si ce qu’il a vu à l’intérieur apparaissait aussi à l’extérieur. Puis, lorsqu’il dit que, dans sa trentième année, il reçut l’esprit de prophétie, il nous donne un détail digne de considération, à savoir que, raisonnablement, l’enseignement de la doctrine n’est confié qu’à l’âge parfait. C’est pourquoi Notre Seigneur lui-même à l’âge de douze ans, siégeant dans le temple au milieu des docteurs, voulut qu’on le trouvât non pas enseignant, mais interrogeant.